Histoire

Dans Lecture

Deux-pièces - Eliette Abécassis

Par Le 03/09/2016

Editions Steinkis - Collection Incipit - Date de sortie : 2 juin 2016 - ISBN 9782368 460139 - 89 pages

4è de couv'

"Elle était là, presque nue, devant la piscine, à Molitor. Exposée aux yeux de tous, dans ce grand "paquebot" aux façades couleur terre de Sienne, à l'architecture des années trente..." Lors d'un défilé, la France de 1946 découvre la bombe atomique du couturier Louis Réard : le bikini. Dans le public, Gaby, une jeune fille "toute frêle, à la peau diaphane" prend des notes. Un jeune homme l'interpelle. C'est Antoine, son grand amour qu'elle n'a plus revu depuis l'Exode. Il a participé à la conception du premier maillot deux pièces... 
A travers cette fiction aux couleurs pâles, Eliette Abécassis explore les non-dits qui ont plané sur 1a Libération de la France - et de la femme.

Mon avis

La collection Incipit laisse à des auteurs le soin de raconter des "Premières fois". Pour Eliette Abécassis, le choix fut celui du défilé de maillot de bain, où apparut le bikini pour la première fois, en 1946.

La France sort juste de la guerre et l'idée du créateur était de permettre aux femmes d'assumer leur corps, d'oser le montrer, de les libérer. C'est une danseuse nue qui l'arborera puisqu'aucun mannequin n'avait voulu s'y risquer.

L'auteur a choisi deux personnages : Gaby et Antoine, autrefois follement amoureux, et qui se sont perdus de vue au moment de l'exode. Ils se revoient pour la première fois à ce défilé. Ce qui m'a gênée dans ce très court roman (j'aurais plutôt dit nouvelle), c'est la place prise par le récit fait par Antoine, de sa guerre, la clandestinité après le STO. J'ai trouvé que cela faisait un peu plaqué là, quand le sujet était tout autre. Par ailleurs, c'est trop court pour que l'on s'attache à eux dont on ne sait pas grand chose et dont la psychologie est à peine perceptible.

Ma note 14

L'auteur  

Dans Lecture

La tente rouge d'Anita Diamant

Par Le 12/08/2016

Editions Charleston - Date de sortie : 8 janvier 2016 - ISBN 9782368 120446 - 401 pages - traduction de Lisa Rosenbaum

4è de couv'

Jacob a épousé quatre sœurs : Léa, Rachel, Bilba et Zilpa. Dina, fille de Léa, est la seule fille de la nombreuse descendance de Jacob. C'est elle qui va recevoir l'héritage spirituel de " ses " mères, qu'elle nous transmet en prenant la parole à la première personne dans cette magnifique aventure des femmes de la Bible.

Mon avis

Un bel honneur à la femme, aux femmes, dans ce roman d'inspiration biblique que l'auteur a savamment revisité pour en faire le roman de Dina, unique fils de Jacob.  C'est elle qui raconte la vie de ses parents, de sa tribu, avant de parler des péripéties de la sienne. En plus des personnages nombreux et attachants, notamment les femmes, la tente rouge joue un rôle très important. On s'y retrouve entre femmes au moment des menstrues. Il s'y échange secrets, on y accouche, on s'y répartit les tâches domestiques. 

L'auteur nous livre une histoire passionnante, surtout à partir de la deuxième partie où commence vraiment l'action, la première (que j'ai trouvée un peu longue) étant plus descriptive de la vie de la tribu. J'ai aimé voir l'évolution du personnage de Dina, souffert avec elle, trouvé l'apaisement. C'est un très beau portrait de femme.

Un souffle romanesque très fort pour ce livre que je vous recommande vivement.

Ma note 17

Citations

*Pour comprendre une femme, il faut d'abord l'interroger sur sa mère, puis écouter attentivement. Si elle vous parle de nourriture, cela indique de très bons rapports. De mélancoliques silences témoignent de problèmes non réglés. Plus une fille connaît de détails sur sa mère et les décrit ouvertement, sans geindre, plus elle est forte. (p.8)

*Les femmes voulaient aussi des filles pour en faire les gardiennes de leurs souvenirs. Une fois sevrés, les garçons n'entendaient plus les histoires de leur mère. (p.9)

L'auteur  

Dans Lecture

L'improbabilité de l'amour d'Hannah Rothschild

Par Le 14/06/2016

Editions Belfond - Date de sortie : 7 avril 2016 - ISBN 9782714 469014 - 701 pages  - Traduction de Valérie Bourgeois

4è de couv'

Ce jour-là à Londres, les flashes crépitent devant la maison de vente aux enchères Monachorum & Sons. Des collectionneurs de tous bords aux puissants marchands d'art, des oligarques russes aux magnats du pétrole, du rappeur esthète à la star du sport, tous défilent pour une des plus grosses ventes de l'histoire ; celle de L'improbabilité de l'amour, un tableau d'Antoine Watteau, disparu au milieu du XXè et miraculeusement retrouvé.

Celle qui, par un incroyable hasard, a remis la main sur le trésor dans une petite brocante poussiéreuse se nomme Annie McDee. Fascinée par la poésie et le raffinement du tableau, cette jeune chef cuisinière au coeur tendre va entreprendre d'en percer les secrets. Un périple à travers l'Histoire qui verra l'inestimable toile voyager de l'atelier parisien d'un peintre du XVIIIè à cette petite échoppe londonienne d'aujourd'hui, en passant par les salons cossus de la grande aristocratie européenne.

Mon avis

Pas de suspense, j'ai beaucoup aimé ce roman. Intelligent, documenté, peut-être un poil trop long à mon goût (ça s'essouffle un peu vers les p.250 et 430), mais tellement riche en informations et en intrigues de toutes sortes. 

Plus j'avançais dans l'histoire, plus je pensais aux poupées russes, tant il y avait de fils narratifs qui tous finissaient par se rejoindre, le coeur du roman étant ce petit tableau trouvé par Annie dans une brocante et autour duquel tournent, depuis sa création en 1703, collectionneurs envieux, marchands d'art, musées... En cela, la construction du roman est très réussie, foisonnante de destins entrecroisés.

Les personnages sont très réussis, pas des super-héros, mais un panel de gens avec leurs failles et leurs faiblesses : les jouisseurs, les esthètes et ceux aussi qui se contentent d'une vie sans relief. Beaucoup s'interrogent à un moment ou à un autre sur ce qui les fait avancer.

Le tableau est lui-même un personnage qui s'adresse au lecteur, lui confie son histoire, ses émotions, ses peurs, ses réflexions sur l'art et la beauté. "La beauté a toujours nourri la brutalité et le désir de posséder, et le pillage est un des visages immuables de la guerre. (...) Je ne cherche pas à vous faire un cours d'histoire, cher lecteur, mais juste à vous éclairer sur le pouvoir de l'art et sur toutes les extrémités, bonnes ou mauvaises, auxquelles il peut pousser." (p.473)

Je vous recommande donc chaudement cette lecture enrichissante et assez atypique quant au sujet

Ma note 17

Dans Lecture

Montvert-les-Bains de Maurice Denuzière

Par Le 26/05/2016

Editions Flammarion - Date de sortie : 13 avril 2016 - ISBN 9782081 333178 - 598 pages

4è de couv'

Août 1900. Laurent Saintour, héritier de la station thermale de Montvert-les-Bains, dans le haut Forez, rentre des Etats Unis pour célébrer le cinquantenaire de l'établissement qu'il doit un jour diriger. Mais il refuse de se glisser dans le moule d'une carrière préparée par trois générations de Saintour et décide de partir à l'aventure. La quête d'un mystérieux tableau et la poursuite d'une énigmatique Dame en mauve conduisent le jeune homme à un périple au coeur de la Belle Epoque. Face à la concurrence d'autres villes d'eaux en plein essor, Montvert-les-Bains parviendra-t-elle à prospérer malgré la désertion de l'héritier ?

Mon avis 

De l'auteur (qui va fêter ses 90 ans), j'ai déjà lu, dans les années 80, la saga Louisiane que j'avais adorée, romantique, intelligente et documentée à souhait. Imaginez ma surprise lorsque j'ai vu ce nouveau titre, sur une couverture Art Nouveau sublime. Et hop, sur ma PAL ! 

Je vais commencer par ce que j'ai trouvé dommage : l'auteur, à force de vouloir être exact (voire exhaustif) au niveau historique, politique, culturel, en est arrivé à beaucoup ralentir le rythme de l'histoire et à créer parfois des dialogues factices où un des deux personnages fait quasiment un cours à l'autre sur tel ou tel sujet.

Le contrepoint, c'est qu'on apprend plein de choses, sur une période, il faut bien le dire, très riche en progrès, nouveauté, élan, et ce, dans de nombreux domaines. On y croise de grands noms et quand on referme le livre, on est ébloui par le tourbillon dans lequel on a été entraîné. Le jeune Laurent assume son choix de ne pas être seulement l'héritier, mais de vouloir d'abord aller à la rencontre des "autres"dans une Europe en pleine construction, soutenu en cela par son oncle Martial. Sa vivacité d'esprit et son insatiable curiosité lui vaudront bien des succès et de belles rencontres. Les autres personnages sont attachants, chacun dans son genre, j'ai été émue aux larmes par le jeune Franz. Les lieux sont merveilleusement vivants et l'écriture soignée sans être prétentieuse, très imagée, une belle langue..

Alors, au final, c'est un roman d'apprentissage, dépaysant à souhait, que j'ai beaucoup aimé et que je vous recommande vivement.

Ma note 16.5

Dans Lecture

Une aventure monumentale d'Olivier Dutaillis

Par Le 17/05/2016

Editions Albin Michel - Date de sortie : 4 mai 2016 - ISBN 9782226 321008 - 333 pages 

4è de couv'

Qui aurait pu imaginer que cette élégante touriste anglaise visitant les sites historiques de la France était une pilleuse de trésors ? Dans les années 1830, la séduisante Emily Dingham écume nos provinces pour faire main basse sur les chefs-d'oeuvre laissés à l'abandon qu'elle revend à prix d'or à Londres. La belle aventurière séduit des adversaires d'envergure : le jeune écrivain Prosper Mérimée, fraîchement nommé inspecteur général des Monuments historiques et chargé de sauvegarder les oeuvres qu'elle pille, l'architecte Viollet-le-Duc, et même, le bouillant Victor Hugo, chantre des cathédrales gothiques.

Une vaste fresque, érudite et enlevée, à travers les bouleversements d'un xixe siècle qui se découvre une passion pour le passé et voit naître les premiers grands chantiers de restauration monumentale.

Mon avis

Voilà une idée originale qu'a eue l'auteur : une anglaise, Emily Dingham,  s'adresse à nous pour nous parler de la conservation et la restauration de notre patrimoine historique, en faisant revivre principalement trois personnages éminents dans le domaine : Mérimée, Hugo et Viollet-le-Duc. Ladite Emily nous en fait croiser beaucoup d'autres et c'est une réelle plongée dans l'époque 1830-1885 que nous vivons. 

Cette aventurière devenue antiquaire par hasard et par nécessité absolue, pour ne pas dépendre d'un homme, est une redoutable opportuniste. Quand Mérimée aura "verrouillé" le domaine des monuments historiques, elle saura se reconvertir ; l'arrivée du chemin de fer nécessitant d'organiser le tourisme, elle ouvre une agence de tourisme, à l'instar de Mr Cook et ses fils, elle se spécialisant sur la France qu'elle connaît si bien et qu'elle aime.

J'ai beaucoup aimé ce roman, érudit, documenté, qui se lit aisément et nous fait approcher l'intimité amoureuse, familiale, professionnelle de tout ce beau monde. Qui me donne également l'envie d'en savoir plus, d'approfondir les thèmes abordés : l'oeuvre de Mérimée dont mes souvenirs datent du collège, la période de la Seconde République, le contexte littéraire...

Ne vous privez pas de cette lecture !

Ma note 16

 

Dans Lecture

Moura, la mémoire incendiée d'Alexandra Lapierre

Par Le 03/05/2016

Editions Flammarion - Date de sortie : 16 mars 2016 - ISBN 9782081 332829 - 730 pages

4è de couv'

Adorée par ceux qu elle aima, honnie par ceux qui la jugèrent insaisissable, Moura a bien existé. Dans les tourmentes de la révolution bolchevique, d une guerre à l autre, Moura a traversé mille mondes. Aristocrate d origine russe, elle s est appelée Maria Zakrevskaïa, Madame Benckendorff, la Baronne Budberg... Elle a été la passion d un agent secret britannique, la muse de Maxime Gorki, la compagne de H.G. Wells et l égérie de l intelligentsia londonienne. Elle a côtoyé tous les grands du XXe siècle, le Tsar, Staline, Churchill, de Gaulle. Les uns chantèrent son courage, sa chaleur et sa fidélité. Les autres dénoncèrent ses mensonges. Tous s entendirent néanmoins sur un point : Moura incarna la Vie. La vie à tout prix.

Mon avis 

Le roman commence avec l'enfance de Moura. La période tsariste touche à sa fin, dans la fureur et dans le sang. La petite fille, d'une famille d'aristocrates, va apprendre vite et grandir au rythme des sursauts de l'Histoire. Elle a beaucoup observé et écouté les adultes, son père notamment, et comprend ainsi les rouages des histoires d'adultes. Son charisme, son intérêt pour les autres, vont lui valoir autant d'amitiés que d'inimitiés. Et quand elle aura rendez-vous avec l'Histoire (fin du tsarisme, installation du bolchevisme, montée du stalinisme, deux guerres mondiales...), elle saura jouer sur de nombreux tableaux. On peut être ébahi par les fréquentations qu'elle a eues de Gorki, à HG Wells en passant par tout ce que l'époque a compté de célébrités, et par les multiples rebondissements de son existence. Sa vie ne fut pas un long fleuve tranquille, mais bien plutôt une épopée !!

Je n'ai pas réussi à élucider tout au long du récit d'Alexandra Lapierre les éventuels méfaits et mauvais choix que l'héroïne aurait faits. Pas vraiment réussi non plus à m'attacher à cette femme pourtant hors du commun. Après ses multiples vies, je me suis demandée si elle avait été heureuse. Je n'en suis pas sûre en fait... 

Une très riche documentation qui m'a parfois fait craindre de verser dans le documentaire politique, historique. Une plume efficace et passionnée. Pour au final un roman-récit que j'ai beaucoup, beaucoup aimé et que je vous recommande vivement.

Ma note 17.5

Dans Lecture

Marie Curie prend un amant d'Irène Frain

Par Le 23/01/2016

Editions du Seuil - Date de sortie : 8 octobre 2015 - ISBN 9782021 183061 - 349 pages

4è de couv'

Le 4 novembre 1911, un journal parisien à grand tirage livre à l'opinion cette nouvelle extravagante : "Marie Curie a un amant." A l'époque, Pierre, son mari, le savant avec lequel elle a eu son premier prix Nobel en 1903, est mort depuis cinq ans. Mais Marie a le tort d'être femme, d'être célèbre, d'être une "étrangère" (elle est d'origine polonaise), d'être "juive" à en croire certains de ses pourfendeurs (ce qui n'est pas le cas). Comme le capitaine Dreyfus vingt ans plus tôt, il faut l'abattre. Et peu importe que la célèbre veuve, qui s'apprête à recevoir son deuxième prix Nobel, soit une icône de la science mondiale. Son amant, c'est Paul Langevin, ami d'Einstein, lui aussi savant d'exception, familier des Curie aux temps héroïques. Mais Paul est marié. Et l'adultère excite la presse à scandale. Pour percer le secret qui attacha si fort Marie Curie à cet homme, au risque d'y perdre sa réputation et d'y laisser la vie, Irène Frain a interrogé des lieux méconnus, des archives négligées, des photos oubliées. Et c'est une bouleversante et inédite histoire d'amour qu'elle nous donne à lire dans ce "thriller médiatique" d'une terrible modernité.

Mon avis

J'ai été tout de suite attirée par le sujet de ce livre, car Marie Curie est une des Figures de l'Histoire que j'admire ; cependant, je craignais un peu une biographie, certes documentée, mais un peu linéaire et ennuyeuse. Eh bien j'ai été très agréablement surprise, car j'ai lu ce qu'on appelle un "roman vrai". Irène Frain dont j'ai déjà lu beaucoup de romans (Devi, Modern Style, Le Nabab, Secret de famille, ....) a une réelle habileté pour faire vivre les personnages et nous les rendre proches et attachants. 

Très respectueuse d'eux, elle utilise savamment le fruit de ses nombreuses recherches, et déduit avec finesse les éventuels blancs de l'histoire qu'elle nous propose de combler. C'est fait habilement, d'une plume agréable à lire. 

Sur le fond, j'ai été surprise par la "modernité" de ce lynchage médiatique orchestré par la presse de l'époque. Marie Curie réussissait admirablement dans son domaine, était une brillante scientifique, MAIS était une femme (dans un monde exclusivement masculin, à une époque fortement mysogine), une étrangère et l'amante d'un homme marié. A l'heure du scandale, tout ces "handicaps" ressurgissent, les admirateurs et collègues se défilent. Ne reste qu'un petit cercle restreint pour la soutenir. Vaillante et déterminée, elle reste debout et refuse de se laisser impressionner. 

Quant à l'histoire d'amour avec Paul Langevin, je n'ai pas autant "accroché" qu'à celle avec Pierre Curie. Certes Paul a souhaité protéger sa famille et surtout ses enfants, mais je n'ai pas rencontré l'amoureux plein de panache auquel je m'attendais. Je l'ai trouvé assez opportuniste, profitant de l'aura de Marie et aussi de son argent, assez faible, passant à travers les gouttes du scandale sans dommage et créant un autre couple parallèle ensuite. Moi en tout cas, il ne m'a pas séduite !! 

J'ai beaucoup aimé croiser d'aussi près les grands scientifiques qui, au début du XXè siècle, ont dessiné au fil de leurs recherches, le monde dans lequel nous vivons : les Curie et Langevin bien sûr, mais aussi Jean Perrin, l'ami admirable à qui nous devons le Palais de la Découverte et le CNRS, Paul Painlevé, Einstein... Leur passion pour la recherche, le bouillonnement intellectuel qui les animaient sont très bien rendus. Je ne sais pas si, de nos jours, la course à l'argent ne pervertit pas un peu cet enthousiasme... 

Ce fut donc une vraie lecture-plaisir au cours de laquelle j'ai beaucoup appris sur cet aréopage de scientifiques mais aussi sur la période. Que demander de mieux ?

Ma note 17 

Dans Lecture

Aliénor, un dernier baiser avant le silence de Mireille Calmel

Par Le 19/01/2016

XO Editions - Date de sortie : 8 octobre 2015 - ISBN 978-2845637177​ - 488 pages 

4è de couv'

1204. À l’heure où la majestueuse Aliénor tente une ultime fois de sauver son royaume, son fils Jean sans Terre règne sans partage sur l’Angleterre, déterminé à éteindre jusqu’au souvenir de son défunt frère, l’illustre Richard Cœur de Lion. 
Traquée jusqu’au cœur de la forêt de Brocéliande, sa filleule, la belle et puissante Eloïn Rudel, descendante de Merlin et compagne illégitime de Richard Cœur de Lion, rédige pour leurs enfants les mémoires de sa vie d’aventures. Car elle est la seule à posséder l’arme capable de contrer Jean et de protéger les siens : La vérité. Comme un dernier baiser avant le silence.

Mon avis

Ah la la, quel beau roman coup de coeur ! Déjà le plaisir de retrouver Aliénor et tout son entourage, des personnages hauts en couleurs, profondément humains. Et puis la magie d'Avalon, Merlin et Brocéliande, l'histoire avec un grand H. Enfin, la plume passionnée de Mireille Calmel qui nous régale depuis une quinzaine d'années.

J'ai beaucoup aimé que ce soit Eloïn qui raconte l'histoire à sa fille Anne. Elle écrit son livre d'heures pour laisser trace de son grand amour pour Richard Coeur de Lion, avec qui elle a eu ses deux enfants. Mais c'est aussi une forme de confession pour ses erreurs, et notamment pour l'attribution d'une des Flamboyantes à Philippe son fils, à qui elle n'était pas destinée.

C'est plein d'émotions, d'aventures, on souffre avec Eloïn, on aime avec elle, on rit avec elle, on pleure aussi. Il y a des passages très émouvants, notamment la mort de Richard et celle de Loanna et Jaufré ou l'amitié avec Saladin. Le seul petit bémol, mais vraiment pour chicaner, c'est que j'aurais aimé passer plus de temps à Brocéliande...

Je vous recommande donc vivement ces pages pour leur vrai souffle épique.

Ma note 18.5

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Dans Lecture

La vie quand elle était à nous de Marian Izaguirre

Par Le 02/01/2016

Editions Albin Michel - Date de sortie : 1er octobre 2015 - ISBN 978-2226319340 - 400 pages - Traduction de Séverine Rosset

4è de couv'

« Quand la vie était à nous »… Lola regrette le temps où son existence était peuplée de promesses et d’illusions, de livres et de discussions enflammées, d’amour et de projets pour bâtir une Espagne démocratique. L’espoir de 1936.
Quinze années ont passé et ses rêves se sont envolés. Il ne lui reste de cette époque, à elle et à son mari Matias, qu’une petite librairie-papeterie dans les ruelles sombres d’un quartier de Madrid. C’est dans ce modeste lieu de résistance culturelle que Lola fait la connaissance d’Alice, une anglaise dont elle partage la passion pour la littérature. Intriguée pour un livre en vitrine, Alice entraîne Lola dans une lecture singulière et bouleversante : La fille aux cheveux de lin, l’histoire de Rose, Anglaise comme elle, soupçonnée d’être la fille du duc d’Ashford…
Des paysages de Normandie à l’Angleterre de la première guerre mondiale, du Paris des années folles à l’Espagne des Brigades internationales, la romancière Marian Izaguirre nous entraîne dans un véritable voyage à travers la littérature, vibrant hommage à la force des mots.

Mon avis

Un roman qui, une fois apprivoisée sa construction, vous emporte dans une belle histoire sur fond de grande Histoire. Il y a un roman dans le roman "La fille aux cheveux de lin", l'amour des livres et de la littérature, des personnages attachants aux deux différentes époques et un souffle d'aventure. 
Il faut parfois quelques lignes au début des chapitres pour savoir quel fil narratif on suit, mais c'est un tout petit bémol en fin de compte. L'écriture est très visuelle et j'ai aimé me balader dans les rues de Madrid, de Paris et aussi l'évocation de toutes les figures intellectuelles, artistiques des Années Folles. 

Un roman qui n'a pas fait de bruit à sa sortie et je trouve que c'est dommage. Alors je vous le recommande !

Ma note 16.5

Citations

*J'ai déjà dit à quel point nous les femmes pouvons passer inaperçues quand notre vieillesse devient manifeste.

*Le futur est le lieu le moins assuré de ceux qu'il nous est possible d'imaginer.

*Parfois, avant de commencer ma lecture, surtout si c'est un nouveau livre, j'aime le garder entre mes mains. Henry disait que je réchauffais les livres comme les Anglais les théières.

*Le bonheur doit fonctionner comme une drogue : il anesthésie et on ne se rappelle pas grand-chose au réveil !

Ce livre participe au Challenge Top50 Livresque pour un livre écrit par une femme.

Dans Lecture

La clandestine du voyage de Bougainville de Michèle Kahn

Par Le 12/12/2015

Editions Points - Collection Grands Romans - Date de sortie : 26 février 2015 - ISBN 9782757 848968 - 247 pages

4è de couv'

Jeanne est une fille de la terre, une guérisseuse qui connaît le secret des plantes. Lorsque Philibert, son amant, botaniste éminent, est chargé par le Roi d'une expédition scientifique, elle n'hésite pas à se travestir pour le suivre en mer. Car en 1766, les femmes sont interdites à bord ! Bégonias, vanilles, jasmins, il y a tant à découvrir. Et peut-être sera-t-elle la première à faire le tour du monde...

Mon avis

Récit historique très documenté, basé sur une histoire réelle. On y apprend beaucoup de choses sur ce tour du monde à l'initiative de Bougainville. Jeanne Baret est un personnage fort, courageux, jusqu'auboutiste. 

Mais, car il y a un mais, j'ai trouvé qu'il manquait du souffle et du rythme au texte. Est-ce pour mieux rendre la lenteur du périple ? En tout cas, pour ma part, ça m'a empêchée d'apprécier pleinement le roman.

Ma note 14.5

Dans Lecture

Alexis Vassilkov ou la vie tumultueuse du fils de Maupassant de Bernard Prou

Par Le 22/11/2015

Editions de la Brouette - Mai 2014 - ISBN 9782954 896601 - 354 pages

4è de couv'

À la veille de sa mort, Guy de Maupassant connaît une ultime idylle avec la peintre Lioubov Andréievna Vassilkova. Les tribulations d'Alexis, leur fils irrévélé, le conduisent dans la Russie révolutionnaire. Bientôt le jeune médecin fait partie de l'entourage proche de Staline et se retrouve déporté au goulag de Mirny, en Sibérie, où il est initié à la franc-maçonnerie dans une loge clandestine. Ses engagements, sa bonne fortune, l'appui occulte d'un chamane yakoute et l'amour de la belle Ayami, lui rendent la liberté et la France de son enfance. En 1940, Alexis rejoint la Résistance dans le maquis de Haute-Loire. Les aventures d'Alexis Vassilkov, personnage hors du commun que le dramaturge Fernando Arrabal a qualifié de héros strogoffien, épousent les turbulences du XXème siècle jusque bien après-guerre dans un même souffle épique et picaresque.

Mon avis

J'ai acheté ce roman sur les conseils, que dis-je ? au vu de l'enthousiasme dithyrambique du très médiatique Tintin de la Librairie, j'ai nommé Gérard Collard de la Librairie La Griffe Noire à St Maur des Fossés.

On a là un vrai, vrai roman d'aventures ! On peine à y croire tant c'est trépidant, foisonnant : Maupassant, Staline, le Goulag, la franc-maçonnerie, la Résistance, cet homme aura tout vécu. Une vie si inouïe qu'un romancier oserait à peine l'inventer. Il y a des moments très sombres, mais toujours la lumière au bout du tunnel.

C'est bien écrit, dans une langue précise, parfois crue, mais soignée et très fluide. On apprend beaucoup et je vous le recommande chaudement.

Ma note 16.5

 

Dans Lecture

Les amazones de Bohème de Joëlle Wintrebert

Par Le 29/10/2015

Editions Robert Laffont - Date de sortie : 9 septembre 2005 - ISBN 9782221 096055 - 299 pages

4è de couv'

Au VIIIe siècle, en Bohême, une princesse crée le scandale.
Révolutionnaire, visionnaire, Libuse, non contente d'abolir l'esclavage et d'imposer l'égalité entre les sexes, s'entoure d'une garde de filles. A leur tête, la redoutable Wlasta. Alors que le futur Charlemagne, arme au poing, christianise les pays voisins, Libuse meurt. Wlasta refuse le retour à l'ordre ancien et se rebelle. Elle fonde un Etat indépendant, où les femmes sont libres de leurs vies et de leurs amours.
Mais combien de temps cette poignée de révoltées va-t-elle pouvoir défendre son utopie ? Et quel tribut devra-t-elle payer pour sa liberté ? d'une plume épique et sensuelle, Joëlle Wintrebert donne chair et sang à ce mythe fondateur de Prague qui traversa les siècles et les révolutions.

Mon avis 

Trois femmes sont les figures principales de ce très beau roman : Libuse, reine de Bohème au VIIIè siècle, détentrice du don de prophétie, ce qui l'avait portée au trône ; Wlasta la guerrière, amazone, capitaine de sa garde féminine et Danna, sa conseillère. Toutes trois femmes qui ont beaucoup souffert en cette époque rude et violente. Des relations très fortes entre elles vont conduire les deux dernières, après la mort de Libuse, à continuer son oeuvre : libérer les femmes de la toute-puissance masculine. Elles vont créer leur propre communauté pour s'opposer à Premysl, le nouveau souverain, époux de Libuse. Ca parle religion avec l'opposition entre évangélistes et polythéïstes, sexualité avec l'amour libre et l'homosexualité tolérée par Libuse et de mise chez les amazones, rébellions, massacres, tortures.... Un épisode de quelques années, tragique, mais véridique.

Tous les ingrédients d'une histoire forte et belle, autour de personnages complexes auxquels on s'attache rapidement. Portée par une langue soignée au vocabulaire choisi et aux tournures parfois très poétiques.

Un très bon moment de lecture que je vous recommande chaleureusement.

Ma note 17

Ce livre participe au Challenge Livresque - Top 50 pour : Un livre dont l'action se passe dans un autre pays.