auteur américain

Les fondamentaux de l'aide à la personne revus et corrigés de Jonathan Evison

Editions Monsieur Toussaint Louverture - Date de sortie : 31 mars 2016 - ISBN 9791090 724235 - 351 pages - Traduction de Marie-OdileFortier-Masek

Résumé

Benjamin Benjamin traîne quelques casseroles : un nom à coucher dehors, un passé douloureux et les papiers de son divorce qu'il n'a pas encore signés. Sa méthode pour faire face ? La fuite, évidemment. Cependant, obligé de se trouver un emploi, il suit une rapide formation d'aide à la personne et se retrouve chargé de Trev, un ado malade à l'imagination débridée. Heureusement que ces deux amochés de la vie partagent une passion pour les formes généreuses des Miss Météo, les attractions touristiques saugrenues et un furieux besoin de tout envoyer valser. Sans condescendance ni apitoiement, Jonathan Evison a façonné un récit doux-amer, fait de héros touchants, qui nous montre qu'il y a toujours de l'espoir, qu'il faut accepter les moments les plus terribles pour profiter des plus lumineux.

Mon avis 

Plusieurs choses m'ont amenée à acheter ce roman : le titre assez peu habituel pour un roman, la couverture magnifiquement travaillée, le résumé alléchant et la maison d'édition qui jusqu'à présent ne m'a pas déçue... Toutes les conditions étaient réunies pour que je passe un bon moment, ce qui fut le cas ! Et même au-delà, carrément un coup de coeur...

Les personnages sont éminemment sympathiques, touchants, authentiques. Ce Ben est vraiment un type bien, même si au départ il est présenté comme un loser patenté. Trevor et lui ramassent tous les "cabossés" sur leur chemin. Il y a une infinie pudeur dans la manière dont l'auteur traite tout ce petit monde, voire même de l'élégance.  Rien n'est jamais trop ou trop peu : pas de pathos, pas de grands sentiments, juste la bonne mesure.  Une vraie réussite.

Je vous recommande vivement cette lecture.

Ma note  18

coup-de-coeur-1.jpg

Bonus

Un article très intéressant sur la maison d'édition Monsieur Toussaint Louverture et une vidéo de Dominique Bordes, son fondateur.

  L'auteur
 

L'homme-dé de Luke Rhinehart

Editions de l'Olivier - Collection Replay - ISBN 9782823 604795 - 521 pages - Traduction de James du Mourier

4è de couv'

Depuis qu'il a décide de jouer aux dés chacune de ses décisions, le Dr Rhinehart, un psychiatre new-yorkais, a transformé sa vie en un immense jeu de hasard. Très vite, le " syndrome du dé " se répand. Expérimentateur en chambre, pionnier du chaos, le Dr Rhinehart a peut-être inventé sans le savoir le moyen d'en finir une fois pour toutes avec la civilisation. Mais le FBI veille...

Mon avis

Roman de l'absurde, L'homme-dé est inclassable. Après un début qui m'a fait marrer, à peu près jusqu'à la page 180, ça s'est mis à traîner en longueur et j'ai commencé à regarder le nombre de pages qui restaient à lire, signe très net que l'ennui s'installait. J'ai persisté jusqu'à la page 255 et décidé d'abandonner là. Déçue forcément !!

Il y a de bonnes choses cependant et je ne résiste pas au plaisir de citer ce passage : "Nous concûmes un besoin profond, irrationnel, indubitablement névrotique d'être l'un à l'autre : c'était l'amour, une des nombreuses formes socialement admises de la folie. Nous nous mariâmes : solution sociale à la solitude, à la concupiscence et au problème du blanchissage. (...) Comme le lecteur averti l'aura déduit depuis longtemps, nous étions des gens mariés typiques. Nous avions des moments de bonheur sans partage ; nous avions nos plaisanteries bien à nous; nous avions notre amour chaleureux, sensuel et sexuel, ainsi que notre souci commun (enfin, celui de Lil en tout cas) des enfants, notre intérêt pour eux, notre fierté ; et nous avions nos deux moi intimes de plus en plus frustrés et isolés. Les aspirations que nous nourrissions pour ces moi ne s'étaient pas accomplies dans le mariage, et tous nos débats et contorsions au lit n'y changeaient rien, bien que notre insatisfaction même nous unît." (p.115-116) Waouh ! quelle vision du couple...

Je n'en dis pas plus et vous laisse découvrir !

Ma note 14.5 (à cause de la longueur et du "délayage")

Citations

*En vérité, l'homme doit s'efforcer d'éliminer l'erreur et de se libérer ainsi que ses enfants du sens du moi. L'homme doit arriver à se sentir à l'aise en évoluant d'un rôle à un autre, d'un ensemble de valeurs à un autre, d'une vie à une autre. L'homme doit se libérer des barrières, des modèles et des cohérences, de façon à devenir libre de penser, de sentir et de créer des choses neuves. Les hommes se sont trop longtemps contentés d'admirer Mars et Prométhée ; c'est Prothée qui doit devenir notre Dieu. (p. 143)

*Et si nous élevions nos enfants autrement ? En récompensant leurs changements d'habitudes, de rôles, de goûts ? En les récompensant pour leur incohérence ? Qu'est-ce qui se passerait ? On pourrait leur inculquer la discipline de l'instabilité, ils pourraient s'appliquer à être incohérents, résolument exempts d'habitudes -même de "bonnes" habitudes. (p. 144)

*En nous transformant d'enfants en hommes, nous nous enfermons dans des modèles pour éviter l'affrontement de nouveaux problèmes et de risquer l'échec ; au bout d'un certain temps, les hommes s'ennuient parce qu'ils n'ont plus de nouveaux problèmes.Telle est la vie que nous vivons dans la crainte de l'échec. (p.148)

 

City on Fire de Garth Risk Hallberg

Editions Plon - Collection Feux Croisés - Date de sortie : 14 janvier 2016 - ISBN 9782259 228190 - 971 pages - Traduction d'Elisabeth Pellaert

4è de couv'

31 décembre 1976. New York se prépare pour le réveillon. Chez les Hamilton-Sweeney, Felicia accueille financiers et mondains tandis qu'à l'autre bout de la ville, dans le Lower East Side, Charlie, venu de Long Island, attend Sam pour assister à un concert punk. Mais Sam a un autre rendez-vous auquel elle tient plus que tout. Elle retrouvera Charlie dans quelques heures à la station de métro de la 72e Rue. À quelques encablures de là, dans Hell's Kitchen, Mercer Goodman tourne et retourne un délicat carton d'invitation. Et s'il se rendait à la réception des Hamilton-Sweeney pour retrouver Regan, cette sœur que William, en rupture avec sa famille, lui a toujours cachée ? Pourquoi ne pas saisir l'occasion d'en apprendre plus sur William, son amant, l'ancien leader du groupe punk Ex Post Facto ?
Bientôt, des coups de feu retentissent dans Central Park. Une ombre s'écroule dans la neige...
Qu'est-ce qui peut bien unir ces êtres – qui n'auraient jamais dû être amenés à se rencontrer – à un meurtre commis au cœur de Central Park ?

Au sein de ce roman choral, leurs histoires s'entremêlent et nous entraînent dans les recoins les plus infimes de la ville.

Mon avis

Ciel que cette lecture fut laborieuse et pourtant je n'ai pas réussi à l'abandonner, allez comprendre !!

Il y a quelque chose là-dedans d'addictif malgré le foisonnement de personnages, les changements d'époques, les multiples références littéraires, musicales, culturelles, le tout avec en fil rouge la ville de New York. Ca donne le tournis et cependant on s'accroche ; il y a le récit dont les sept livres  sont entrecoupés d'interludes :  une lettre, un reportage en 2 parties sur les artificiers, un magazine adolescent...  

L'auteur a voulu développer à l'extrême tous les personnages, être exhaustif, alors que s'il en avait approfondi seulement quelques-uns, j'aurais préféré. Le lecteur doit avoir une place et pouvoir se faire ses propres représentations. Tout n'a pas besoin d'être dit. Et puis tous ces flash-backs....

On se doute bien qu'à un moment donné, tous les fils tirés par l'auteur vont se rejoindre, mais ça ne s'offre pas sans peine, loin de là !! Je n'ai pas réussi à trancher pour savoir si c'est foutraquement brouillon ou magistralement agencé... L'auteur est prolixe, tourbillonnant à donner le tournis, nous livrant parfois des chapitres très ennuyeux, et j'ai eu plusieurs fois la tentation d'abandonner, je l'avoue, mais le livre VII m'a fait dire que j'ai bien fait de persévérer.

Bref, je vous laisse vous faire votre propre opinion, car je suis très mitigée.

Ma note  (entre 13 et 17, je ne sais pas !)

L'auteur a présenté son roman au Petit Journal de Canal+ le mardi 12 janvier dernier (de 12'11 à 17'43)

La chute des princes de Robert Goolrick

Editions Anne Carrière - Collection 10/18 - Date de sortie : 7 janvier 2016 - ISBN 9782264 068293 - 237 pages - Traduction de Marie de Prémonville

4è de couv'

New York, années 1980. Robert Goolrick nous invite au bal des vanités, où une bande de jeunes hommes vont vendre leur âme au dollar et se consumer dans une ronde effrénée, sublime et macabre. Ils ont signé pour le frisson, une place sur le manège le plus enivrant que la vie ait à leur offrir.

Et ces princes vont jouer toute la partie : les fêtes, les drogues, l’alcool, les corps parfaits des deux sexes, les pique-niques dans la vaisselle de luxe, les costumes sur mesure taillés par des Anglais dans des tissus italiens, les Cadillac, le sexe encore et toujours, les suites à Las Vegas, des morts que l’on laisse en chemin mais pour lesquels il n’est pas besoin de s’attarder parce qu’on va les retrouver vite. Vite, toujours plus vite, c’est la seule règle de ce jeu. Aller suffisamment vite pour ne pas se laisser rattraper. Parce que les princes sont poursuivis par de terrifiants monstres : le sida, les overdoses, le regard chargé de honte de leurs parents, le dégoût croissant de soi-même, un amour s’excusant de n’avoir sauvé personne.

Mon avis 

Par petites touches et chapitres "thématiques", l'auteur nous fait découvrir l'univers de démesure des golden boys des eighties. Extravagances, transgressions, pas de limites dans les comportements ni les dépenses. Ils se sent(ai)ent au-dessus de tout et tout le monde. Cet étalage n'était pas sans cacher des fêlures. Et puis vient la chute, brutale pour certains, lente et inexorable pour d'autres, avec le désenchantement et la misère. "Quand on perd tout, on ne meurt pas. On continue simplement dans un pantalon ordinaire, sans rien dans les poches."

C'est une belle peinture d'une époque donnée de la société américaine qui avec l'argent facile a testé sexe facile, drogues, HIV et son cortège de morts ("on meurt, et on reste mort."). Pour le narrateur, il y aura une rédemption par notre grand Marcel (Proust) et le livre !

Une écriture sans fioritures pour dire les choses, le personnage pour lequel on ne peut s'empêcher d'avoir de l'empathie,  ingrédients qui font de ce roman un bon moment de lecture.

Ma note 16

 

Paris est une fête d'Ernest Hemingway

Editions Folio - Date de sortie : 6 septembre 2012 - ISBN 9782070 437443 - 347 pages - Traduction de Marc Saporta

4è de couv'

Miss Stein et moi étions encore bons amis lorsqu'elle fit sa remarque sur la génération perdue.
Elle avait eu des ennuis avec l'allumage de la vieille Ford T qu'elle conduisait, et le jeune homme qui travaillait au garage et s'occupait de sa voiture - un conscrit de 1918 - n'avait pas pu faire le nécessaire, ou n'avait pas voulu réparer en priorité la Ford de Miss Stein. De toute façon, il n'avait pas été sérieux et le patron l'avait sévèrement réprimandé après que Miss Stein eut manifesté son mécontentement.
Le patron avait dit à son employé : " Vous êtes tous une génération perdue. " " C'est ce que vous êtes. C'est ce que vous êtes tous, dit Miss Stein. Vous autres, jeunes gens qui avez fait la guerre, vous êtes tous une génération perdue. "

Mon avis

Roman découvert à l'occasion des attentats du 13 novembre, à la suite desquels le slogan a tourné sur les réseaux sociaux "Paris est une fête". Comme il y a bien longtemps que je n'ai pas lu Hemingway, ce sera chose faite avec ce livre.

Ce livre est une collection de "vignettes parisiennes", des fragments de la vie de Tatie, comme l'appelait sa femme Hadley, dans le Paris des années 20. Bien entendu, ceux qui m'ont le plus intéressée sont ceux qui parlent de l'écriture, mais les sujets sont variés : les courses hippiques à Auteuil et Enghien, marotte de l'auteur pendant un temps, Paris (le jardin du Luxembourg, le quartier où vivait l'auteur, la Seine, les bouquinistes), Gertrude Stein, Ezra Pound, Scott Fitzgerald... La vie d'Hemingway était faite de hauts et de bas financiers à cette époque, mais dès qu'il avait placé quelques "contes" ou articles, il se déplaçait beaucoup. Il y a plusieurs fragments sur les séjours au ski, notamment.

Certains fragments m'ont touchée plus que d'autres, notamment celui sur la faim, son effet sur les sens qu'elle aiguise et son énergie créatrice, mais aussi la manière de la tenir à distance en choisissant de se promener dans Paris sur un itinéraire qui ne passe devant aucune boutique alimentaire ou restaurant, dont les fumets auraient fait saliver.

C'est donc une lecture qui m'a surtout plu pour les passages traitant des réflexions de l'écrivain en devenir sur le processus de création littéraire. La construction en "vignettes" m'a interessée en ce qu'elle donne une photographie de l'univers et de l'entourage de l'écrivain.

Ma note 15

Extraits

*Je pensais (...) "ce qu'il faut c'est écrire une seule phrase vraie. Ecris la phrase la plus vraie que tu connaisses." Ainsi, finalement, j'écrivais une phrase vraie et continuais à partir de là. C'était facile parce qu'il y avait toujours quelque phrase vraie que j'avais lue ou entendue ou que je connaissais. Si je commençais à écrire avec art, ou comme quelqu'un qui annonce ou présente quelque chose, je constatais que je pouvais aussi bien déchirer cette fioriture ou cette arabesque et la jeter au panier et commencer par la première affirmation simple et vraie qui était venue sous ma plume. (p 51)

*Paris était une très vieille ville et nous étions jeunes et rien n'y était simple, ni même la pauvreté, ni la richesse soudaine, ni le clair de lune, ni le bien, ni le mal, ni le souffle d'un être endormi à vos côtés dans le clair de lune. (p 89)

*Quand j'écrivais quelque chose, j'avais besoin de lire après avoir posé la plume. Si vous continuez à penser à ce que vous écrivez, en dehors des heures de travail, vous perdez le fil et vous ne pouvez le ressaisir le lendemain. Il vous faut faire de l'exercice, fatiguer votre corps, et il vous est alors recommandé de faire l'amour avec qui vous aimez. C'est même ce qu'il y a de meilleur. Mais ensuite, quand vous vous sentez vide, il vous faut lire afin de ne pas penser à votre oeuvre et de ne pas vous en préoccuper jusqu'au moment où vous vous remettrez à écrire. J'avais déjà appris à ne jamais assécher le puits de mon inspiration, mais à m'arrêter alors qu'il y avait encore quelque chose au fond, pour laisser la source remplir le réservoir pendant la nuit. (p 99)

*C'était une histoire très simple intitulée Hors de saison, et j'avais volontairement omis d'en raconter la fin, c'est à dire que le vieillard se pendait. Cette omission était due à ma nouvelle théorie, selon laquelle on pouvait omettre n'importe quelle partie d'une histoire, à condition que ce fût délibéré, car l'omission donnait plus de force au récit, et ainsi le lecteur ressentait  plus encore qu'il ne comprenait. (p 117)

 

Un stagiaire presque parfait de Shane Kuhn

Editions 10/18 - Date de sortie : 5 mars 2015 - ISBN 9782264062659 - 328 pages - Traduction de Karine Lalechère

Résumé

Le stagiaire se caractérise par son insignifiance. Passant facilement inaperçu, il est un parfait assassin en puissance. C'est la raison pour laquelle, depuis une dizaine d'années, John Lago enchaîne les stages en entreprise afin d'éliminer les cibles qu'on lui assigne : quelle meilleure couverture, en effet, pour un tueur à gages ? 

Mais alors que l'heure de se retirer du jeu a sonné, la mission qu'on lui confie va s'avérer la plus dangereuse et la plus inattendue de sa carrière et faire voler en éclats toutes ses certitudes.

Mon avis 

Trop vieux -il a 25 ans et passé cet âge-là un stagiaire n'est plus crédible- John, appelons-le ainsi, va devoir raccrocher. Tout au long de son Guide pour la survie en milieu hostile, destiné aux nouveaux stagiaires que nous sommes, il va nous raconter sa dernière mission qui devait être tout à fait réalisable (au vu de sa longue expérience de plus de dix années), mais qui va s'avérer "minée" de tous les côtés. S'ensuit alors une cascade de rebondissements, coups tordus, hémoglobine, et trahisons.

J'ai dans l'ensemble aimé l'intrigue, très originale, mais déploré quelques longueurs que la fin pour le moins inattendue m'a fait très vite oublier. Le ton du narrateur est grinçant, acide parfois, désenchanté souvent. Ca manque un peu de dialogues pour rythmer davantage le texte, et on voit peu John en position de stagiaire, sauf lors de ses déménagements de bureau en bureau. J'ai aimé, même si on ne le voit pas assez à mon goût, le personnage de Marcus, les autres n'étant pas plus attachants que ça.

Pour l'idée de départ, le ton et la construction du roman, j'ai somme toute trouvé que c'était un bon moment de lecture.

Ma note 15

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×