Histoire

  • Deux-pièces - Eliette Abécassis

    Editions Steinkis - Collection Incipit - Date de sortie : 2 juin 2016 - ISBN 9782368 460139 - 89 pages

    4è de couv'

    "Elle était là, presque nue, devant la piscine, à Molitor. Exposée aux yeux de tous, dans ce grand "paquebot" aux façades couleur terre de Sienne, à l'architecture des années trente..." Lors d'un défilé, la France de 1946 découvre la bombe atomique du couturier Louis Réard : le bikini. Dans le public, Gaby, une jeune fille "toute frêle, à la peau diaphane" prend des notes. Un jeune homme l'interpelle. C'est Antoine, son grand amour qu'elle n'a plus revu depuis l'Exode. Il a participé à la conception du premier maillot deux pièces... 
    A travers cette fiction aux couleurs pâles, Eliette Abécassis explore les non-dits qui ont plané sur 1a Libération de la France - et de la femme.

    Mon avis

    La collection Incipit laisse à des auteurs le soin de raconter des "Premières fois". Pour Eliette Abécassis, le choix fut celui du défilé de maillot de bain, où apparut le bikini pour la première fois, en 1946.

    La France sort juste de la guerre et l'idée du créateur était de permettre aux femmes d'assumer leur corps, d'oser le montrer, de les libérer. C'est une danseuse nue qui l'arborera puisqu'aucun mannequin n'avait voulu s'y risquer.

    L'auteur a choisi deux personnages : Gaby et Antoine, autrefois follement amoureux, et qui se sont perdus de vue au moment de l'exode. Ils se revoient pour la première fois à ce défilé. Ce qui m'a gênée dans ce très court roman (j'aurais plutôt dit nouvelle), c'est la place prise par le récit fait par Antoine, de sa guerre, la clandestinité après le STO. J'ai trouvé que cela faisait un peu plaqué là, quand le sujet était tout autre. Par ailleurs, c'est trop court pour que l'on s'attache à eux dont on ne sait pas grand chose et dont la psychologie est à peine perceptible.

    Ma note 14

    L'auteur  

  • La tente rouge d'Anita Diamant

    Editions Charleston - Date de sortie : 8 janvier 2016 - ISBN 9782368 120446 - 401 pages - traduction de Lisa Rosenbaum

    4è de couv'

    Jacob a épousé quatre sœurs : Léa, Rachel, Bilba et Zilpa. Dina, fille de Léa, est la seule fille de la nombreuse descendance de Jacob. C'est elle qui va recevoir l'héritage spirituel de " ses " mères, qu'elle nous transmet en prenant la parole à la première personne dans cette magnifique aventure des femmes de la Bible.

    Mon avis

    Un bel honneur à la femme, aux femmes, dans ce roman d'inspiration biblique que l'auteur a savamment revisité pour en faire le roman de Dina, unique fils de Jacob.  C'est elle qui raconte la vie de ses parents, de sa tribu, avant de parler des péripéties de la sienne. En plus des personnages nombreux et attachants, notamment les femmes, la tente rouge joue un rôle très important. On s'y retrouve entre femmes au moment des menstrues. Il s'y échange secrets, on y accouche, on s'y répartit les tâches domestiques. 

    L'auteur nous livre une histoire passionnante, surtout à partir de la deuxième partie où commence vraiment l'action, la première (que j'ai trouvée un peu longue) étant plus descriptive de la vie de la tribu. J'ai aimé voir l'évolution du personnage de Dina, souffert avec elle, trouvé l'apaisement. C'est un très beau portrait de femme.

    Un souffle romanesque très fort pour ce livre que je vous recommande vivement.

    Ma note 17

    Citations

    *Pour comprendre une femme, il faut d'abord l'interroger sur sa mère, puis écouter attentivement. Si elle vous parle de nourriture, cela indique de très bons rapports. De mélancoliques silences témoignent de problèmes non réglés. Plus une fille connaît de détails sur sa mère et les décrit ouvertement, sans geindre, plus elle est forte. (p.8)

    *Les femmes voulaient aussi des filles pour en faire les gardiennes de leurs souvenirs. Une fois sevrés, les garçons n'entendaient plus les histoires de leur mère. (p.9)

    L'auteur  

  • L'improbabilité de l'amour d'Hannah Rothschild

    Editions Belfond - Date de sortie : 7 avril 2016 - ISBN 9782714 469014 - 701 pages  - Traduction de Valérie Bourgeois

    4è de couv'

    Ce jour-là à Londres, les flashes crépitent devant la maison de vente aux enchères Monachorum & Sons. Des collectionneurs de tous bords aux puissants marchands d'art, des oligarques russes aux magnats du pétrole, du rappeur esthète à la star du sport, tous défilent pour une des plus grosses ventes de l'histoire ; celle de L'improbabilité de l'amour, un tableau d'Antoine Watteau, disparu au milieu du XXè et miraculeusement retrouvé.

    Celle qui, par un incroyable hasard, a remis la main sur le trésor dans une petite brocante poussiéreuse se nomme Annie McDee. Fascinée par la poésie et le raffinement du tableau, cette jeune chef cuisinière au coeur tendre va entreprendre d'en percer les secrets. Un périple à travers l'Histoire qui verra l'inestimable toile voyager de l'atelier parisien d'un peintre du XVIIIè à cette petite échoppe londonienne d'aujourd'hui, en passant par les salons cossus de la grande aristocratie européenne.

    Mon avis

    Pas de suspense, j'ai beaucoup aimé ce roman. Intelligent, documenté, peut-être un poil trop long à mon goût (ça s'essouffle un peu vers les p.250 et 430), mais tellement riche en informations et en intrigues de toutes sortes. 

    Plus j'avançais dans l'histoire, plus je pensais aux poupées russes, tant il y avait de fils narratifs qui tous finissaient par se rejoindre, le coeur du roman étant ce petit tableau trouvé par Annie dans une brocante et autour duquel tournent, depuis sa création en 1703, collectionneurs envieux, marchands d'art, musées... En cela, la construction du roman est très réussie, foisonnante de destins entrecroisés.

    Les personnages sont très réussis, pas des super-héros, mais un panel de gens avec leurs failles et leurs faiblesses : les jouisseurs, les esthètes et ceux aussi qui se contentent d'une vie sans relief. Beaucoup s'interrogent à un moment ou à un autre sur ce qui les fait avancer.

    Le tableau est lui-même un personnage qui s'adresse au lecteur, lui confie son histoire, ses émotions, ses peurs, ses réflexions sur l'art et la beauté. "La beauté a toujours nourri la brutalité et le désir de posséder, et le pillage est un des visages immuables de la guerre. (...) Je ne cherche pas à vous faire un cours d'histoire, cher lecteur, mais juste à vous éclairer sur le pouvoir de l'art et sur toutes les extrémités, bonnes ou mauvaises, auxquelles il peut pousser." (p.473)

    Je vous recommande donc chaudement cette lecture enrichissante et assez atypique quant au sujet

    Ma note 17

  • Montvert-les-Bains de Maurice Denuzière

    Editions Flammarion - Date de sortie : 13 avril 2016 - ISBN 9782081 333178 - 598 pages

    4è de couv'

    Août 1900. Laurent Saintour, héritier de la station thermale de Montvert-les-Bains, dans le haut Forez, rentre des Etats Unis pour célébrer le cinquantenaire de l'établissement qu'il doit un jour diriger. Mais il refuse de se glisser dans le moule d'une carrière préparée par trois générations de Saintour et décide de partir à l'aventure. La quête d'un mystérieux tableau et la poursuite d'une énigmatique Dame en mauve conduisent le jeune homme à un périple au coeur de la Belle Epoque. Face à la concurrence d'autres villes d'eaux en plein essor, Montvert-les-Bains parviendra-t-elle à prospérer malgré la désertion de l'héritier ?

    Mon avis 

    De l'auteur (qui va fêter ses 90 ans), j'ai déjà lu, dans les années 80, la saga Louisiane que j'avais adorée, romantique, intelligente et documentée à souhait. Imaginez ma surprise lorsque j'ai vu ce nouveau titre, sur une couverture Art Nouveau sublime. Et hop, sur ma PAL ! 

    Je vais commencer par ce que j'ai trouvé dommage : l'auteur, à force de vouloir être exact (voire exhaustif) au niveau historique, politique, culturel, en est arrivé à beaucoup ralentir le rythme de l'histoire et à créer parfois des dialogues factices où un des deux personnages fait quasiment un cours à l'autre sur tel ou tel sujet.

    Le contrepoint, c'est qu'on apprend plein de choses, sur une période, il faut bien le dire, très riche en progrès, nouveauté, élan, et ce, dans de nombreux domaines. On y croise de grands noms et quand on referme le livre, on est ébloui par le tourbillon dans lequel on a été entraîné. Le jeune Laurent assume son choix de ne pas être seulement l'héritier, mais de vouloir d'abord aller à la rencontre des "autres"dans une Europe en pleine construction, soutenu en cela par son oncle Martial. Sa vivacité d'esprit et son insatiable curiosité lui vaudront bien des succès et de belles rencontres. Les autres personnages sont attachants, chacun dans son genre, j'ai été émue aux larmes par le jeune Franz. Les lieux sont merveilleusement vivants et l'écriture soignée sans être prétentieuse, très imagée, une belle langue..

    Alors, au final, c'est un roman d'apprentissage, dépaysant à souhait, que j'ai beaucoup aimé et que je vous recommande vivement.

    Ma note 16.5

  • Une aventure monumentale d'Olivier Dutaillis

    Editions Albin Michel - Date de sortie : 4 mai 2016 - ISBN 9782226 321008 - 333 pages 

    4è de couv'

    Qui aurait pu imaginer que cette élégante touriste anglaise visitant les sites historiques de la France était une pilleuse de trésors ? Dans les années 1830, la séduisante Emily Dingham écume nos provinces pour faire main basse sur les chefs-d'oeuvre laissés à l'abandon qu'elle revend à prix d'or à Londres. La belle aventurière séduit des adversaires d'envergure : le jeune écrivain Prosper Mérimée, fraîchement nommé inspecteur général des Monuments historiques et chargé de sauvegarder les oeuvres qu'elle pille, l'architecte Viollet-le-Duc, et même, le bouillant Victor Hugo, chantre des cathédrales gothiques.

    Une vaste fresque, érudite et enlevée, à travers les bouleversements d'un xixe siècle qui se découvre une passion pour le passé et voit naître les premiers grands chantiers de restauration monumentale.

    Mon avis

    Voilà une idée originale qu'a eue l'auteur : une anglaise, Emily Dingham,  s'adresse à nous pour nous parler de la conservation et la restauration de notre patrimoine historique, en faisant revivre principalement trois personnages éminents dans le domaine : Mérimée, Hugo et Viollet-le-Duc. Ladite Emily nous en fait croiser beaucoup d'autres et c'est une réelle plongée dans l'époque 1830-1885 que nous vivons. 

    Cette aventurière devenue antiquaire par hasard et par nécessité absolue, pour ne pas dépendre d'un homme, est une redoutable opportuniste. Quand Mérimée aura "verrouillé" le domaine des monuments historiques, elle saura se reconvertir ; l'arrivée du chemin de fer nécessitant d'organiser le tourisme, elle ouvre une agence de tourisme, à l'instar de Mr Cook et ses fils, elle se spécialisant sur la France qu'elle connaît si bien et qu'elle aime.

    J'ai beaucoup aimé ce roman, érudit, documenté, qui se lit aisément et nous fait approcher l'intimité amoureuse, familiale, professionnelle de tout ce beau monde. Qui me donne également l'envie d'en savoir plus, d'approfondir les thèmes abordés : l'oeuvre de Mérimée dont mes souvenirs datent du collège, la période de la Seconde République, le contexte littéraire...

    Ne vous privez pas de cette lecture !

    Ma note 16

     

  • Moura, la mémoire incendiée d'Alexandra Lapierre

    Editions Flammarion - Date de sortie : 16 mars 2016 - ISBN 9782081 332829 - 730 pages

    4è de couv'

    Adorée par ceux qu elle aima, honnie par ceux qui la jugèrent insaisissable, Moura a bien existé. Dans les tourmentes de la révolution bolchevique, d une guerre à l autre, Moura a traversé mille mondes. Aristocrate d origine russe, elle s est appelée Maria Zakrevskaïa, Madame Benckendorff, la Baronne Budberg... Elle a été la passion d un agent secret britannique, la muse de Maxime Gorki, la compagne de H.G. Wells et l égérie de l intelligentsia londonienne. Elle a côtoyé tous les grands du XXe siècle, le Tsar, Staline, Churchill, de Gaulle. Les uns chantèrent son courage, sa chaleur et sa fidélité. Les autres dénoncèrent ses mensonges. Tous s entendirent néanmoins sur un point : Moura incarna la Vie. La vie à tout prix.

    Mon avis 

    Le roman commence avec l'enfance de Moura. La période tsariste touche à sa fin, dans la fureur et dans le sang. La petite fille, d'une famille d'aristocrates, va apprendre vite et grandir au rythme des sursauts de l'Histoire. Elle a beaucoup observé et écouté les adultes, son père notamment, et comprend ainsi les rouages des histoires d'adultes. Son charisme, son intérêt pour les autres, vont lui valoir autant d'amitiés que d'inimitiés. Et quand elle aura rendez-vous avec l'Histoire (fin du tsarisme, installation du bolchevisme, montée du stalinisme, deux guerres mondiales...), elle saura jouer sur de nombreux tableaux. On peut être ébahi par les fréquentations qu'elle a eues de Gorki, à HG Wells en passant par tout ce que l'époque a compté de célébrités, et par les multiples rebondissements de son existence. Sa vie ne fut pas un long fleuve tranquille, mais bien plutôt une épopée !!

    Je n'ai pas réussi à élucider tout au long du récit d'Alexandra Lapierre les éventuels méfaits et mauvais choix que l'héroïne aurait faits. Pas vraiment réussi non plus à m'attacher à cette femme pourtant hors du commun. Après ses multiples vies, je me suis demandée si elle avait été heureuse. Je n'en suis pas sûre en fait... 

    Une très riche documentation qui m'a parfois fait craindre de verser dans le documentaire politique, historique. Une plume efficace et passionnée. Pour au final un roman-récit que j'ai beaucoup, beaucoup aimé et que je vous recommande vivement.

    Ma note 17.5