enquête

  • Te laisser partir - Clare Mackintosh

    Editions Marabout - Date de sortie : 3 février 2016 - ISBN 9782501096331 - 451 pages - Traduction de Mathieu Bathol

    Logo prix litteraire  Prix du meilleur roman international Festival Polar de Cognac 2016

    4è de couv'

    Un soir de pluie à Bristol. Un petit garçon échappe à la vigilance de sa mère. Une voiture surgit et le chauffard s'enfuit.

    Une mère accablée par la mort de son enfant. Un capitaine de police déterminé à lui faire justice, jonglant entre tensions familiales et obligations professionnelles.
    Une femme fuyant son passé, résolue à construire une nouvelle vie.

    Mon avis

    Un véritable "tourne-pages", qui m'a laissée scotchée à la page 200 car je n'avais rien vu venir, et que j'ai dévoré en moins de deux jours.

    L'histoire alterne le récit de l'enquête par un narrateur omniscient, et celui de sa nouvelle vie par une voix féminine au JE, alternés avec une voix masculine qui s'adresse à cette femme. Une construction particulière et agréable qui nous permet d'être au plus près des émotions et des ressentis.

    Le rythme est soutenu, faisant la part belle aux dialogues. On peut juste mettre un bémol sur les personnages qui auraient pu être un peu plus fouillés, mais visiblement le parti-pris de l'auteur était l'histoire racontée et sa cohérence, ce qui est réussi.

    Un très bon moment de lecture.

    Ma note 17.5

    L'auteur 

  • Passé imparfait de Julian Fellowes

    Editions 10/18 - Date de sortie : 4 juin 2015 - ISBN 978-2264065018 - 624 pages - Traduction de Jean Szlamowicz

    4è de couv'

    Une invitation de Damian Baxter ? Voilà qui est inattendu ! Cela fait près de quarante qu'ils sont fâchés ! Inséparables durant leurs études à Cambridge, leur indéfectible amitié s'est muée en une haine féroce, suite à de mystérieux événements survenus lors de vacances au Portugal en 1970. Après de déconcertantes retrouvailles, la révélation tombe : riche, à l'article de la mort, Damian charge le narrateur, sur la foi d'une lettre anonyme, de retrouver parmi ses ex-conquêtes – six jeunes filles huppées qu'ils fréquentaient alors – la mère de son enfant. Un voyage vers le passé plein de fantômes et de stupéfiantes révélations... 

    Mon avis

    Un avis très mitigé pour ce roman.

    L'histoire telle que présentée par la 4è de couverture est prometteuse, et elle tient ses promesses. Les personnages sont dignes d'intérêt et on se prend au jeu de savoir qui a fait quoi quand. Le narrateur dont on ne saura pas le nom (mais peu importe) va se mettre au service de son ami-ennemi pour trouver à qui profitera l'héritage et cette quête va lui permettre de revisiter son propre passé.

    Là où le bât blesse, c'est l'écriture. On aurait facilement pu réduire le roman de moitié, tant le propos est bavard et (souvent) ennuyeux. Trop de détails tuent le détail... J'ai donc peiné pour venir à bout de ce pavé et vous laisse vous faire votre propre opinion.

    Ma note 13

    L'auteur 

  • L'improbabilité de l'amour d'Hannah Rothschild

    Editions Belfond - Date de sortie : 7 avril 2016 - ISBN 9782714 469014 - 701 pages  - Traduction de Valérie Bourgeois

    4è de couv'

    Ce jour-là à Londres, les flashes crépitent devant la maison de vente aux enchères Monachorum & Sons. Des collectionneurs de tous bords aux puissants marchands d'art, des oligarques russes aux magnats du pétrole, du rappeur esthète à la star du sport, tous défilent pour une des plus grosses ventes de l'histoire ; celle de L'improbabilité de l'amour, un tableau d'Antoine Watteau, disparu au milieu du XXè et miraculeusement retrouvé.

    Celle qui, par un incroyable hasard, a remis la main sur le trésor dans une petite brocante poussiéreuse se nomme Annie McDee. Fascinée par la poésie et le raffinement du tableau, cette jeune chef cuisinière au coeur tendre va entreprendre d'en percer les secrets. Un périple à travers l'Histoire qui verra l'inestimable toile voyager de l'atelier parisien d'un peintre du XVIIIè à cette petite échoppe londonienne d'aujourd'hui, en passant par les salons cossus de la grande aristocratie européenne.

    Mon avis

    Pas de suspense, j'ai beaucoup aimé ce roman. Intelligent, documenté, peut-être un poil trop long à mon goût (ça s'essouffle un peu vers les p.250 et 430), mais tellement riche en informations et en intrigues de toutes sortes. 

    Plus j'avançais dans l'histoire, plus je pensais aux poupées russes, tant il y avait de fils narratifs qui tous finissaient par se rejoindre, le coeur du roman étant ce petit tableau trouvé par Annie dans une brocante et autour duquel tournent, depuis sa création en 1703, collectionneurs envieux, marchands d'art, musées... En cela, la construction du roman est très réussie, foisonnante de destins entrecroisés.

    Les personnages sont très réussis, pas des super-héros, mais un panel de gens avec leurs failles et leurs faiblesses : les jouisseurs, les esthètes et ceux aussi qui se contentent d'une vie sans relief. Beaucoup s'interrogent à un moment ou à un autre sur ce qui les fait avancer.

    Le tableau est lui-même un personnage qui s'adresse au lecteur, lui confie son histoire, ses émotions, ses peurs, ses réflexions sur l'art et la beauté. "La beauté a toujours nourri la brutalité et le désir de posséder, et le pillage est un des visages immuables de la guerre. (...) Je ne cherche pas à vous faire un cours d'histoire, cher lecteur, mais juste à vous éclairer sur le pouvoir de l'art et sur toutes les extrémités, bonnes ou mauvaises, auxquelles il peut pousser." (p.473)

    Je vous recommande donc chaudement cette lecture enrichissante et assez atypique quant au sujet

    Ma note 17

  • Trois jours avec Norman Jail d'Eric Fottorino

    Editions Gallimard - Collection Blanche - Date de sortie : 11 février 2016 - ISBN 9782070 141111

    4è de couv'

    Qui est vraiment Norman Jail ? Quand Clara pousse la porte de sa maison du bord de mer, au printemps de l'an 2000, elle veut comprendre pourquoi ce mystérieux écrivain est resté l'homme d'un seul roman, Qui se souviendra de nous ? paru l'année de ses vingt ans en pleine Occupation. Etudiante en littérature, la jeune femme découvre peu à peu que derrière le pseudonyme de Norman Jail se cache un maître de l'illusion dévoré par la rage d'écrire, auteur sous pseudonyme de nombreux manuscrits inédits. Norman Jail ne dit pas forcément la vérité. Le secret de cet homme fascinant est à rechercher dans les plis de la fiction. 

    Mon avis 

    La nouvelle livraison d'Eric Fottorino nous offre une belle réflexion sur l'écriture, sa magie, les affres dans lesquelles elle peut plonger l'écrivain. La rencontre passionnante entre Norman Jail et l'étudiante qui vaille que vaille va poser les questions qu'elle a préparées et s'entêter à obtenir des réponses de cet homme secret, étonnant, amoureux des mots, le tout à l'excès. La technique du roman dans le roman est réussie car elle apporte les réponses que l'on attendait.

    Une plume inventive, pleine de jeux de mots, qui nous réjouit dans ce court roman que je vous recommande vivement.

    Ma note 17

    Citations

    *Je crois qu'écrire c'est repartir chaque fois de sa faiblesse. Je passe en revue mes pages comme une armée en déroute, et quand je tombe sur un passage qui appelle à l'aide, je prends mon courage à deux mains, enfin surtout avec la main droite, et je redresse les phrases à coups d'imagination. Ca ne paie pas de mine mais ça produit son effet. L'espoir renaît précisément là, dans le maquis des mots mal fichus qui ont besoin de mots. Un stylo n'a de stylo que l'apparence. C'est une pelle et une pioche. Une plume, sûrement pas. Ou alors au moment des finitions, pour effacer le travail et faire croire au crime parfait. (p.31)

    *Quand un homme se contredit, il devient intéressant car il commence à s'expliquer. (p.72)

    *Certains livres sont sortis de moi tout casqués de leur douce certitude, je n'étais qu'un copiste et ma main prenait les mots à la volée. C'est une chose étonnante, je l'ai déjà dit, quand la fontaine s'écoule. Il faut juste laisser l'encre se déposer, l'écriture devient une brise légère. (p.73)

    *Quand il eut terminé -était-ce au bout d'un chapitre, d'une phrase suspendue ?- Norman Jail referma son stylo, couvrant la plume d'un capuchon sévère. Il essuya la pulpe de ses doigts dont les sillons s'étaient teintés d'encre. Je m'attendais à voir sortir de sa bouche des mots en charpie, des débris de texte tailladés, et qui sait, le sang de sa rude bataille avec ses ennemis les adverbes. (p.111)

    *La vie cesse rapidement d'être drôle. Alors il faut la ranimer, lui redonner des couleurs. Je prends une poignée de mots, je les frotte les uns aux autres en espérant une étincelle. Ca ne marche pas à tous les coups. Mais il suffit parfois de très peu de mots pour que la vie renaisse et vous réchauffe, qu'elle brille d'un éclat intense. Et ne croyez pas qu'il faille déranger trop d'adjectifs. Au contraire, je les laisse aux compte-rendus de courses hippiques ou aux jubilés de reine. Je me contente de mots simples qui parlent à tout le monde. Secs comme des silex. (p.128)

  • La poupée de Kafka de Fabrice Colin

    Editions Actes Sud - Domaine français - Date de sortie :  6 janvier 2016 - ISBN 9782330 057831 - 259 pages 

    4è de couv

    Au cours d'un séjour à Berlin, la jeune Julie Spieler, en quête d'une très improbable réconciliation avec son père Abel – époux décevant, séducteur impénitent, menteur invétéré et professeur de littérature allemande à la Sorbonne –, débusque la récipiendaire putative de textes inédits de Kafka, écrivain qui fascine son père jusqu'à l'obsession. La jeune fille entame alors de difficiles tentatives d'approche auprès de cette vieille dame particulièrement rétive qui porte en elle toute la mémoire d'un siècle traversé de guerres, d'exils et d'horreurs. Tous trois se retrouvent dans un chalet face au Mont Blanc afin de tenter de solder, ensemble ou séparément, tous leurs comptes respectifs.

    Mon avis

    Ce que j'aime chez cet auteur c'est qu'il est impossible de lui coller une étiquette, tant son talent s'exprime dans différents genres : jeunesse, fantastique, young adult... Là c'est apparemment encore une autre facette qu'il nous offre et j'adôoore ça !

    Tout comme j'ai adoré ce roman qui sera mon premier coup de coeur 2016 !! C'est d'abord une très belle histoire père-fille, très sensible, sur la difficulté de communiquer, de dire les sentiments. Puis la quête et la rencontre d'Else. Est-elle réellement ou non la petite fille à la poupée, a-t-elle conservé les lettres ? De silence en mensonges, le lecteur ne sait plus très bien. Pour ma part, je me suis attachée à ces trois personnages et ai apprécié de les savoir réunis au chalet, à tenter de s'apprivoiser. Il y a de très belles pages en italique sur la vie d'Else enfant, notamment celles sur Auschwitz ; c'est évoqué avec un vrai talent, juste les mots qu'il faut. Et Kafka qui plane au-dessus de tout ça... magique !

    C'est toujours difficile de parler d'un coup de coeur, alors un conseil, lisez-le et goûtez la saveur de ce roman dont l'auteur, pour moi, atteint un pallier dans sa carrière déjà bien remplie, une maturité de plume que j'aurai grand plaisir à retrouver.

    Ma note 19

    Citations

    *Un premier coup de tonnerre ébranla l'horizon couleur hématome qui se faisait passer pour ciel. (p 54)

    *Les éclairs continuaient de taillader la nuit. (p 54)

    *La pluie s'entêtait, un puissant tintamarre qui faisait monter des filaments tièdes de la terre. (p 154)

    *Baignée dans son lait d'étoiles, la nuit se prélassait. (p 178)

    *Après un temps, même les pensées disparaissent : sans oxygène, elles se racornissent, se flétrissent et, pareilles à des orchidées de cendre, finissent par mourir. (p 180)

    *Le passé est un mensonge concpcté par le présent qui souffre et puis même la souffrance finit par se lasser et le passé s'effrite, et il n'en reste que des cendres. Je souffle sur elles. (p 213)

    Ce livre participe au Challenge Top 50 Livresque pour un livre publié cette année.

     

  • Les gens dans l'enveloppe d'Isabelle Monnin et Alex Beaupain

        

    Editions Jean-Claude Lattès - Date de sortie : 2 septepmbre 2015 - ISBN 9782709649834 - 378 pages - Livre + CD

    L'auteur a été invitée à l'émission de Ruquier un samedi soir récent et aussi à la Grande Librairie, pour faire la promotion de son livre. Elle y a raconté la genèse de ce roman. Alors pour moi qui modestement écris, cette idée de vouloir inventer de manière fictionnelle les vies de ces "vrais" gens, m'a parue formidable d'originalité. Immédiatement, sur ces photos, Isabelle Monnin repère une absence, celle de la mère de l'enfant, imagine-t-elle, et nous voilà embarqués dans l'aventure ! 

    Mon avis

    Ah lala, quel coup de coeur que ces Gens dans l'enveloppe !

    Il y a d'abord le roman, bâti à partir des photos achetées sur Internet. Des vies imaginées à partir de ces instantanés, datés seulement par les vêtements, les couleurs, les autos, mais qui tout de même parlent à l'auteur comme étant l'époque de sa propre enfance. Un mot en fil rouge : abandon, et se tisse l'histoire de Mamie Poulet, Michelle et Laurence. Laurence la plus jeune, écrit au "je", les deux autres parties sont centrées sur la mère et la grand-mère. On y croise également Raymond et Serge, le père de l'enfant. Une histoire poignante écrite dans une langue infiniment personnelle et bouleversante.

    Et puis, idée folle de l'auteur : et si je retrouvais les gens de l'enveloppe ? Elle examine les photos, repère des éléments, enquête et... coup de chance incroyable, trouve et rencontre les protagonistes de son enveloppe. Alors là, c'est encore une nouvelle histoire, tout aussi belle qui s'écrit tout au long de 2014 ; c'est la deuxième partie du livre. Et l'auteur s'interdit de retoucher le roman en y apportant des éléments réels ; c'est très bien ainsi. 

    L'aventure aurait pu s'arrêter là, mais non ; elle continue avec l'enregistrement d'un CD dans lequel Alex Beaupain, ami de l'auteur, illustre en musique l'histoire des vrais gens de l'enveloppe, allant même jusqu'à leur faire interpréter deux des textes de l'album.

    Il y a de la sensibilité, de la mélancolie, du respect, dans le travail de l'auteur et une plume que j'ai beaucoup appréciée. Extraordinaire aventure humaine donc que cet ouvrage, et un vrai coup de coeur que je vous recommande vraiment !

    Ma note 18.5