auteur française

  • La maison du cap de Françoise Bourdon

    Editions Presses de la Cité - Collection Terres de France - Date de sortie : 4 mai 2016 - ISBN 9782258 117679 - 490 pages

    4è de couv'

    1849. Léonie, fille de modestes résiniers, grandit blessée par le désamour de sa mère, qui, un jour, lui assène : « Tu n'es pas faite pour le bonheur, tout comme ta dernière fille. ». Elle deviendra ramasseuse de sangsues. Sa benjamine, Margot, refuse cette existence de labeur et de honte : à elle la Ville d'Hiver, à elle le choix d'une autre vie. Par amour, un homme bâtira pour elle la Maison du Cap...
    Se poursuit au fil des décennies et des tumultes de l'histoire une grande saga d'héroïnes : Charlotte la photographe, Dorothée l'aviatrice, Violette la résistante. De génération en génération, elles perpétuent une lignée de femmes fortes et ardentes...
    La Maison du Cap demeurera un refuge pour Margot et ses héritières, et le bonheur, une quête ardue, dans une société toujours corsetée.

    Mon avis 

    Cette saga est composée de 5 parties représentant les 5 générations de femmes à partir de Léonie, la résinière. C'est un tour de force de la part de l'auteur de couvrir une centaine d'années en moins de 400 pages, où l'essentiel est dit, notamment sur la période historique. 

    J'aurais aimé que certains personnages secondaires soient un peu plus développés car je me suis attachée à tous comme à une famille de papier. Mais le choix a été fait par l'auteur de focaliser sur les femmes fortes et passionnées, qui dès Margot ont investi La Maison du Cap, celle-ci devenant le fil rouge du roman. On y vit, on vient y soigner ses blesseurs du coeur et de l'âme, on y est viscéralement attaché, exception faite de Dorotée l'aviatrice.

    On découvre au fil des pages le monde ostréicole du Bassin d'Arcachon et la ville fréquentée par les curistes, venus chercher une amélioration à leurs problèmes respiratoires et par les artistes séduits par l'atmosphère paisible du lieu. Nos fières héroïnes y feront de belles rencontres.

    La plume de l'auteur est fluide, sensible et agréable à suivre, ce qui me donne envie d'explorer la conséquente bibliographie de l'auteur. Voilà donc une lecture que je vous recommande si vous aimez les histoires de famille.

    Ma note 16.5

  • Pour l'amour d'une île d'Armelle Guilcher

    Editions Pocket - Date de sortie : 21 janvier 2016 - ISBN 9782266 265690 - 395 pages 

    4è de couv'

    À la fin de ses études de médecine, Marine décide de retourner vivre sur la petite île bretonne où elle a grandi jusqu'à la mort de ses parents. Mais dans le froid venteux de novembre, l'installation se révèle difficile : les habitants désertent son cabinet et affichent ouvertement leur hostilité. Marine comprend que le secret de cette haine est caché dans le passé de sa famille.

    Mon avis

    Pour l'amour d'une île est le premier roman de cette auteur et ça se ressent à un certain nombre de maladresses : quelques lourdeurs, longueurs, mots inappropriés ("J'étais sincèrement édifiée par JC qui nous avait démontré son amour pour sa région" !!) ou envolées lyriques aux accents moralisateurs ("Etait-il illusoire de rêver d'un coin de terre que l'homme n'aurait pas pollué, l'homme, espèce gangrenée, acharnée à détruire toute forme de pureté").

    L'histoire est racontée en plusieurs temps : un narrateur omniscient fait la présentation qui se situe en 1971, puis un long flash-back nous ramène dans les années 60 écrit au JE par l'héroïne, Marine Le Guellec, avant de revenir à 1971 et un épilogue en 1988. En plusieurs lieux aussi : l'île (qui n'est pas nommée) où Marine s'installe comme médecin, et une petite ville du continent dans laquelle elle a été élevée avec son frère par son grand-père. 

    J'ai trouvé le traitement des personnages pas approfondi et assez manichéen : de petite fille aimante, Marine devient ado puis femme distante après une révélation sur le passé familial, Jean de détestable devient admirable après une autre révélation, comme si l'humain n'était pas beaucoup plus complexe que cela. Du coup, on ne s'y attache pas vraiment. 

    On ressent bien l'amour de l'auteur pour sa région, ce qui donne d'assez belles descriptions de l'océan, des côtes, de l'île, et des expressions en breton pour faire couleur locale. L'épisode historique auquel l'auteur fait référence, à savoir l'épuration à la fin de la Seconde Guerre Mondiale dans ce coin de Bretagne m'a intéressée et donné envie d'en savoir un peu plus. Ce qui est bien rendu également c'est l'ambiance dans l'île, la vie dans une communauté réduite, les commérages, les fêtes, la vie difficile rythmée par les caprices de la mer, aussi et surtout l'isolement.

    En bref, ça se lit relativement vite et sans déplaisir.

    Ma note 14.5

    Citation

    *Je crois que quelque part nous attend un lieu, même petit, même lointain, en adéquation avec cette combinaison de molécules et de conscience dont nous sommes faits et qui justifie, si on a le bonheur d'y parvenir, que l'on constate comme une évidence "c'est ici que doit s'accomplir mon destin". (p. 76)

    *Etait-ce cela aimer, ce ressenti anormal, indécent, cette impression que votre corps est éparpillé aux quatre coins de la pièce et que seule la présence de l'être cher pourra vous permettre de vous recomposer, de faire en sorte que vous deveniez un tout, une entité à nouveau capable de fonctionner comme lors de votre création, de manière coordonnée, pertinente et raisonnée ? (p. 309)

  • Un dernier tour de valse d'Inès de Kertanguy

    Editions Tallandier - Date de sortie : 18 mars 2016 - ISBN 9791021 017863 - 411 pages 

    4è de couv'

    Madrid, 1833. Sophianne, 10 ans, fait la connaissance d’Eugénie de Montijo, 7 ans, future impératrice des Français. Cette rencontre scelle son destin. Devenue son amie intime, Sophianne accompagne Eugénie dans son ascension, son mariage avec Napoléon III et la naissance du prince impérial. À 16 ans, sur un air de valse, Sophianne tombe éperdument amoureuse d’Octave de Lencelle, aristocrate et bonapartiste convaincu. Le couple est de tous les bals donnés par l’empereur et l’impératrice. Inséparable de la princesse Mathilde, cousine de Napoléon III et rivale d’Eugénie, avec qui elle partage l’amour de la peinture, Sophianne passe d’une cour à l’autre : celle des Tuileries où réside le couple impérial et celle de la rue de Courcelles où règne Mathilde qui reçoit le Tout-Paris des arts et des lettres.

    Mon avis 

    Dans ce nouveau roman, qui est son 7è, l'auteur nous invite à suivre l'histoire de Sophianne de Lencelle, amie intime et indéfectible d'Eugénie de Montijo, Impératrice des Français et épouse de Napoléon III, de leur enfance à la mort de cette dernière. Une très belle histoire d'amitié

    La narratrice, Sophianne, écrit cette histoire à l'intention de sa petite-fille Valentine qui n'a connu aucun de ses parents. La plume est vive et fluide, les personnages réels ou de fiction bien campés, l'époque bien restituée. Les intrigues, politiques et amoureuses, se suivent et font tourner les têtes.

    J'ai regretté les quelques passages (heureusement peu nombreux) où l'auteur raconte l'Histoire, sortant ainsi du pacte romanesque "Show, don't tell !" et le trop peu de descriptions des fastes, toilettes et bijoux de la somptueuse Eugénie et de son entourage, le récit ayant pris le pas sur le decorum. Peut-être est-ce pour ce bémol que le roman restera pour moi, non un coup de coeur, mais seulement une très bonne lecture.

    Ma note 16

  • Les yeux couleur de pluie de Sophie Tal Men

    Editions Albin Michel - Date de sortie : 4 mai 2016 - ISBN 9782226 320995 - 259 pages

    4è de couv'

    Les tribulations d’une étudiante en médecine affectée à Brest du jour au lendemain. Le bout du monde à ses yeux…

    Pour Marie-Lou, c’est une nouvelle vie qui commence, loin des siens, de ses montagnes… L’insouciance et la légèreté de ses vingt-cinq ans se mêleront à la dure réalité de l’hôpital, des gardes aux urgences, du contact avec la maladie. Au beau milieu de la nuit, cette savoyarde en ciré jaune croisera Matthieu, surfeur et accessoirement interne d’ORL. Ce loup solitaire, mystérieux et poétique, arrivera t-il a lui faire une place dans sa vie ? 

    Rencontres, passions, non-dits, doutes... l'histoire d'un envol, l'histoire d'une vie.

    Mon avis

    Voilà un feel-good book pour l'été, une petite romance sans grande surprise, mais plaisante à lire, grâce à une plume fluide et un rythme donné par les dialogues. Par contre les personnages sont peu fouillés et l'intrigue un peu survolée. La narratrice navigue avec aisance dans le service de neurologie grâce à l'expérience professionnelle de l'auteur, elle-même médecin.

    A lire entre deux romans plus "consistants", pour de la pure détente.

    Ma note 14,5

  • Bellevue de Claire Berest

     

    Editions Stock - Date de sortie : 27 janvier 2016 - ISBN 9782234 079755 - 194 pages

    4è de couv'

    Alma se réveille à quatre heures du matin. Dans un hôpital psychiatrique. Deux jours plus tôt, elle fêtait ses trente ans. Écrivain prometteur, Alma est une jeune Parisienne ambitieuse qui vit avec Paul depuis plusieurs années ; tout lui sourit. Et, d’un coup, tout bascule. Son angoisse va l’emporter dans une errance aussi violente qu’incontrôlable et la soumettre à d’imprévisibles pulsions destructrices.

    Que s’est-il passé pendant ces quarante-huit heures ?

    Mon avis

    Dans ce roman, on suit la descente dans l'enfer de la "folie" d'Alma, la narratrice qui, le jour de ses trente ans, se trouve confrontée à toutes ses peurs. Ce qui fait monter la panique en elle et la pousse à des comportements désordonnés et extrèmes. Les digues ont rompu, les repères s'effacent, le point de bascule est atteint. L'action est resserrée sur peu de temps, quelques jours avant son anniversaire et les quelques jours d'hospitalisation en psychiatrie. 

    Je n'ai pas éprouvé de sympathie particulière pour ce personnage d'Alma, malgré sa solitude désespérée, son incompréhension de la situation où elle s'est mise, le fait qu'elle soit écrivain... Sans doute pour coller au plus près des pensées incontrôlées de la jeune trentenaire, l'auteur utilise un langage très cru dans certains passages, je l'ai compris même si ça n'est pas ma tasse de thé ; je le comprends moins quand il est utilisé dans les pensées d'un  personnage masculin vers la fin : ce n'était pas nécessaire...  Il y a une réflexion intéressante sur cet âge (charnière ?), où déjà des choses ne seront plus, mais où subsistent encore beaucoup de possibles, de choix.

    Comme j'avais envie de savoir la fin, je suis allée au bout de ce court roman, mais il ne m'a pas vraiment emballée. L'auteur me l'avait pourtant bien vendu à La Grande Librairie du 21 avril dernier.

     Ma note 14.5

    Citation

    *Est-ce que quelque chose a changé à l'approche de mes trente ans ? (...) Je me suis mise à dire spontanément quand j'étais jeune, et non plus quand j'étais petite. Je me suis mise à remarquer les filles de vingt ans avec une tendresse ambigüe, une vague envie, et j'ai senti l'éclosion mordante d'une menace. (p.42)

    *Qu'est-ce qui a changé ? Je suis une femme de trente ans, j'ai peur d'avoir l'air vieille dans une boîte de nuit, j'ai peur de ne pas accéder à la reconnaissance, j'ai peur de ne pas m'être fixée des objectifs, j'ai peur de ne pas avoir fait le tour du monde, j'ai peur de ne pas avoir d'enfants, j'ai peur de mon corps, j'ai peur de la trahison, j'ai peur d'être jalouse, j'ai peur d'être indifférente, j'ai peur du regard de mes amis, j'ai peur d'être violée, j'ai peur que les hommes se disent : 'elle est une femme de trente ans'. (p.100-101)

    *Ce que l'on saisit d'une personne inconnue, à l'instable seconde de la rencontre, est vulnérable et définitif. Cette image capitale s'évanouit à la première parole, au premier rire. (p. 146)

    *Je serai cette Alma de trente ans, rejoignant le symposium des femmes assumant l'insolvable équation d'être jeune et vieille dans la même promesse, mais osant vraiment scruter le regard des hommes pour s'y trouver, pour apprécier d'y voir ce qui en elles a basculé. (p. 193-194)

  • Dans les prairies étoilées de Marie-Sabine Roger

    Editions du Rouergue - Collection La Brune - Date de sortie : 4 mai 2016 - ISBN 978-2812610639​ -  302 pages

    4è de couv'

    Merlin, auteur d'une série BD à succès, perd son vieux copain Laurent, qui lui a inspiré son héros, Jim Oregon. Comment continuer à le faire vivre dans ses dessins, d'autant que dans son « testament », Laurent lui impose deux contraintes pour l'album à venir…. Marie-Sabine Roger s'amuse allègrement à jongler entre deux mondes, celui de la réalité et de la BD, et donne naissance comme toujours à une tribu de personnages tout en couleurs.

    Mon avis 

    J'ai découvert ce roman à La Grande Librairie, où l'auteur a été invitée le 5 mai dernier et l'avait bien défendu. C'est elle qui avait écrit La tête en friche, devenu un film avec Depardieu.

    C'est rythmé par de très courts chapitres et des incises décrivant les bulles des BD écrites (ou rêvées) par Merlin, le personnage principal qui est aussi le narrateur. Nous avançons avec lui dans les coulisses émotionnelles de la création artistique et suivons les péripéties de la vie de Jim Oregon, avatar de son ami Laurent. Merlin a, du reste, bien du fil à retordre avec ses créatures suite à la lecture du testament de ce dernier et à la commande qu'il lui a passée

    Les personnages sont hauts en couleurs, excentriques à souhait, mais défendent de vraies valeurs. La plume est vive, inventive et malicieuse. 

    Sous son côté un peu foutraque, il y a cependant dans le roman de vraies réflexions sur le temps qui passe, sur le couple, sur l'amitié et on lit avec plaisir ce roman dans lequel on sent la jubilation de l'auteur.

    Ma note 15

    Citations

    *Depuis que je la connais, je n'ai jamais cessé d'être amoureux fou d'elle, et je crois bien que ça s'aggrave, comme toute affection de très longue durée. (p.68)

    *Chaque mort d'un ami est une lampe éteinte, qui rend notre chemin un peu plus hasardeux. (p. 128)

    *Avant d’aller dormir, j’ai pris le temps de me remettre le Nobel de la BD. Je ne l’avais pas reçu depuis au moins six mois. C’est un exercice très utile, au niveau de l’estime de soi.

    *Les femmes ont une force que nous sommes loin d'avoir, Merlin. Mais tout le mérite nous en revient : grâce à nous, elles ont des siècles d'apprentissage derrière elles. Des siècles d'esclavage, de soumission, de tartes dans la gueule. Et malgré tout, elles vivent, elles survivent, elles se battent. Elles se marrent. Et à la fin de leur vie, elles ne chialent pas sur elles-mêmes, comme je suis en train de le faire. On est vraiment des amateurs à côté d'elles. (p.148)

    *Les lecteurs... mettez une apostrophe, on entend l"électeur". Ce n'est pas un simple jeu de langue, une pirouette. On est lu parce qu'on est élu. C'est le lecteur qui fait l'auteur. Et pas l'inverse.