rentrée littéraire 2014

Dans Lecture

Le roi disait que j'étais diable de Clara Dupont-Monod

Par Le 22/11/2014

Couverture Le roi disait que j'étais diable

Editions Grasset - Date de sortie : 20 août 2014 - ISBN 978-2246853855 - 237 pages

Résumé

Depuis le XIIe siècle, Aliénor d'Aquitaine a sa légende. On l'a décrite libre, sorcière, conquérante : "le roi disait que j'étais diable", selon la formule de l'évêque de Tournai...
Clara Dupont-Monod reprend cette figure mythique et invente ses premières années comme reine de France, au côté de Louis VII.
Leurs voix alternent pour dessiner le portrait poignant d'une Aliénor ambitieuse, fragile, et le roman d'un amour impossible.
Des noces royales à la deuxième Croisade, du chant des troubadours au fracas des armes, émerge un Moyen Âge lumineux, qui prépare sa mue.

Pourquoi - comment ce livre ?

Parce qu'Aliénor d'Aquitaine fait partie des personnages historiques qui me fascinent.

Les premières pages en 3 minutes    

Mon avis 

Aliénor et Louis VII son époux prennent la parole alternativement.

Elle, fille du Sud "où ni le sang ni la chair n'ont jamais effrayé personne", chante sa terre d'Aquitaine, ses gens, ses richesses, mais aussi son impétuosité, son insoumission. Lui qui n'était pas destiné à régner, fils du Nord, "pays rude et sérieux", la berce de ses mots, ses mots maladroits d'un roi aimant "rien ne me préparait à toi" qui admire son étoile, mais d'un roi-moine pour qui la Bible dit la vie.

Ils ne seront jamais sur la même longueur d'ondes en 15 ans d'union, lui qui "rêve d'une vie monacale, de mots et de respect", elle aimant l'épée et le livre "si je pouvais, je vivrais dans un palais immense peuplé de soldats et de poètes". Leur dissonance s'exprime au long des pages, grandit et enfle, jusqu'à la rupture narrée par Raymond de Poitiers, l'oncle d'Aliénor.

La plume de l'auteur est agréable à lire, sa langue riche et soignée, le contexte bien documenté. Les phrases courtes donnent le rythme. J'ai vraiment aimé la façon de brosser treize années en si peu de pages, l'essentiel étant dit et bien dit.

Un très bon moment de lecture que je vous recommande. 

Dans Lecture

Chéri-Chéri de Philippe Djian

Par Le 28/10/2014

Couverture Chéri-chéri

Editions Gallimard - Date de sortie : 9 octobre 2014 - ISBN 978-2070143184 - 208 pages 

Résumé

Denis a la quarantaine. Le jour, il mène la vie ralentie d'écrivain sans succès et de critique fauché. Le soir, il s'habille en femme et va danser dans un cabaret. Quand ses beaux-parents viennent s'installer au-dessus de chez lui, plus question de se la couler douce. Paul, son beau-père, un mafieux notoire, pas franchement adepte du travestissement, lui a trouvé un emploi qui devrait l'endurcir. Chaque semaine, assorti d'un certain Robert, l'écrivain devra réclamer de façon musclée leurs impayés aux débiteurs de son beau-père. 
Contre toute attente, le job lui convient bien et Robert lui inspire le sujet d'un livre, qui pour la première fois fait un tabac en librairie... Mais voilà que quelque temps après, Paul est victime d'une tentative d'assassinat. Qui a voulu tuer Paul ? Denis, Robert, Hannah, sa fille, ou Veronica son épouse ? Tous avaient un sérieux mobile de s'en débarrasser. Un accident de voiture battra une ultime fois les cartes de ce roman dans lequel s'entrecroisent, se superposent, avant d'entrer en collision frontale, des mondes généralement étanches. 
Celui de l'écriture, celui de la mafia et celui de la nuit rêvée et fantasmée des drag-queens.

Pourquoi - comment ce livre ?

Parce qu'il y a déjà quelque temps que je n'ai pas lu cet auteur, et suite à La Grande Librairie.

Mon avis 

Je n'ai pas vraiment été emballée par ce roman.

Ce qui m'a le plus intéressée, ce sont les réflexions sur le métier d'écrivain ; pour le reste, ça se lit et ça s'oubliera assez vite, je pense.

Quant au style testé par l'auteur d'intégrer les dialogues au corps du texte, je trouve que ça l'alourdit, alors qu'habituellement les dialogues sont une respiration.

Bref, mauvaise pioche !

Dans Lecture

Trente-six chandelles de Marie-Sabine Roger

Par Le 10/10/2014

Couverture Trente-six chandelles

Editions La brune du Rouergue - Date de sortie : 20 août 2014 - ISBN 9782-812606816 - 278 pages

Résumé

Allongé dans son lit en costume de deuil, ce 15 février, à l'heure de son anniversaire, Mortimer Decime attend sagement la mort car, depuis son arrière grand-père, tous les hommes de sa famille sont décédés à onze heures du martin, le jour de leurs 36 ans. La poisse serait-elle héréditaire, comme les oreilles décollées? Y a-t-il un gène de la scoumoune? Un chromosome du manque de pot? Que faire de sa vie, quand le chemin semble tout tracé à cause d'une malédiction familiale? Entre la saga tragique et hilarante des Decime, quelques personnages singuliers et attendrissants, une crêperie ambulante et une fille qui pleure sur un banc, on suit un Mortimer finalement résigné au pire. Mais qui sait si le Destin et l'Amour, qui n'en sont pas à une blague près, en ont réellement terminé avec lui?

Pourquoi - comment ce livre ?

Parce que j'ai aimé La tête en friche du même auteur.

Les premières pages en 3 minutes   

Mon avis 

Beaucoup d'humour dans ce roman où l'on suit ce pauvre Mortimer qui se demande bien pourquoi il n'est pas mort le jour de ses 36 ans, comme le veut la tradition familiale. Mais aussi beaucoup de tendresse avec les personnages inénarrables de Nassardine et Paquita qui le protègent comme un oisillon fragile. 

Le rythme est vif, les dialogues savoureux, et la plume tendre et légère.

A réserver pour colorier de gaité les jours d'automne monotones...

Dans Lecture

Le manteau de Greta Garbo de Nelly Kaprielian

Par Le 03/10/2014

Couverture Le manteau de Greta Garbo

Editions Bernard Grasset - Date de sortie : 27 août 2014 - ISBN  978-2246852339 - 281 pages

Résumé

En décembre 2012, la garde-robe de l’icône la plus secrète de l’histoire du cinéma a été exposée durant trois jours, puis vendue aux enchères à Los Angeles. Huit cents pièces. Les vêtements d’une femme peuvent-ils raconter une vie, éclairer ses mystères ? Pourquoi Greta Garbo achetait-elle des centaines de robes alors qu’elle n’en portait aucune, ne se sentant bien que dans des tenues masculines ? S’habille-t-on pour se travestir et se mettre en scène dans un rôle rêvé ? Pour donner une image de soi acceptable ou démentir une place assignée ? Pour séduire ou pour déplaire ? Se fondre dans une société ou s’y opposer ? Quels désirs secrets et enfouis, quelles pulsions obscures et inavouables, fondent-ils notre goût, notre style ?

Et moi-même, pourquoi avais-je acheté, lors de cette vente, le manteau rouge de Greta Garbo, alors qu’il n’était pas mon genre ?
Ce qui devait être un essai s’est peu à peu mué en roman : les vêtements racontent ces fictions que sont nos identités, et donnent à lire les narrations, souvent mystérieuses, que sont nos vies.

Pourquoi - comment ce livre ?

Pour le résumé essentiellement et aussi parce que je lis les critiques littéraires de l'auteur dans les Inrock.

Les premières pages en 3 minutes   

Mon avis

Dire que la lecture de ce texte a été laborieuse est un doux euphémisme.

De mon point de vue, il ne s'agit pas du tout d'un roman. C'est un assemblage hybride, fragmenté, de bouts de biographie de Greta Garbo, et d'autres (Daphné du Maurier, Valentina, Truman Capote ...) de décryptages filmiques, d'évocation de "people", ayant peu ou prou à voir avec le vêtement et/ou le corps.  On y ajoute un zeste de "je" pour se rappeler que d'un essai prévu au départ, on a fait un "roman", sorti à point nommé pour la rentrée littéraire. L'auteur le dit elle-même à la page 142 ! Mais même les passages autobio sont lassants (à part le passage sur la chemise du grand père) parce que quasi obsessionnel sur le masque et la tromperie.

C'est truffé de citations, d'extraits de textes de toutes sortes, parfois d'une longue page, mais hélas, le trop de citations tue l'intérêt de la citation bien choisie !

C'est dommage que l'auteur n'ait pas su choisir le genre de son écrit. Eût-elle écrit une fiction  avec la documentation impressionnante qu'elle avait, ou pris le parti d'une biographie de Greta avec des incises réflexives, ou une autobiographie nourrie de références choisies, ou pondu un essai sur le mariage subtile corps/vêtement, tout eût été préférable à ce pseudo-roman qui trompe le lecteur sur la marchandise et  masque les qualités de documentation que l'on peut lui accorder.

Oui vraiment dommage que ce manteau ait été cousu comme un reportage "savant" avec l'étiquette "roman". Mais je comprends que quelques critiques lui aient été si favorables, puisque l'auteur est quelqu'un du sérail (responsable littéraire des Inrock, intervenante à France Inter...). Pour moi, je suis allée au bout mais sans plaisir de lecture. 

Dans Lecture

Autour du monde de Laurent Mauvignier

Par Le 18/09/2014

Couverture Autour du monde

Editions de Minuit - Date de sortie : 4 septembre 2014 - ISBN 978-2707323859 - 372 pages

Résumé

Rencontrer une fille tatouée au Japon ; sauver la vie d’un homme sur un paquebot en mer du Nord ; nager avec les dauphins aux Bahamas ; faire l’amour à Moscou ; travailler à Dubaï ; chasser les lions en Tanzanie ; s’offrir une escapade amoureuse à Rome ; croiser des pirates dans le Golfe d’Aden ; tenter sa chance au casino en Slovénie ; se perdre dans la jungle de Thaïlande ; faire du stop jusqu’en Floride.

Le seul lien entre les personnages est l’événement vers lequel tous les regards convergent en mars 2011 : le tsunami au Japon, feuilleton médiatique donnant à tous le sentiment et l’illusion de partager le même monde.
Mais si tout se fond dans la vitesse de cette globalisation où nous sommes enchaînés les uns aux autres, si chacun peut partir très loin, il reste d’abord rivé à lui-même et à ses propres histoires, dans l’anonymat.

Pourquoi - comment ce livre ?

Pour le thème et pour l'auteur dont j'ai lu plusieurs romans que j'ai aimés.

Les premières pages en 3 minutes   

Mon avis

Dans ce livre-là, on fait le tour du monde avec les personnages qui n'ont a priori aucun lien, si ce n'est l'unité de temps. Ils sont loin de chez eux, en déplacement, le jour du tsunami de Fukushima en mars 2011. Une juxtaposition de petites histoires, de gens qui vivent leur petit quotidien "égoïste", alors même qu'une catastrophe est en cours.  Leurs vies sont présentées comme des cartes postales, mais des cartes postales intelligentes, bourrées de réflexion, sur eux-mêmes, sur leur place dans ce grand mouvement qui nous anime, ce carroussel ininterrompu qu'est la vie, enfin, pas si ininterrompu puisque Fukushima leur rappelle leur condition d'humains, mortels.

J'ai adoré ce roman qui va vite, qui nous embarque sur de longues phrases, comme s'il y avait urgence à tout dire. Et les transitions d'une histoire à l'autre sont subtiles comme des vagues qui nous entraîneraient inexorablement à un autre endroit de la planète. Par exemple, on est avec Taha et Yasemin nageant avec les dauphins aux Bahamas, et l'auteur écrit : "rien ne pourra interrompre la quiétude de ce moment dont ils garderont longtemps la trace, bien après leur retour à Istambul, alors que le soir même, à peine débarquée, il n'y aura en revanche pas une seconde de quiétude ni d'apaisement pour Salma...." Ca y est, on est déjà  un pied dans l'histoire suivante !

Il y a du souffle dans ce roman-là qui est pour moi, un coup de coeur que je vous conseille évidemment..

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Citations 

*Un appareil photo déclassifie le voyageur et le range de facto parmi les touristes, et parmi eux, au bas de l'échelle, le touriste qui croit vraiment qu'il fait oeuvre et accumule de quoi nourrir l'imaginaire de l'humanité par ses observations et la pertinence de ses découvertes.

*Pour les Massaï d'aujourd'hui, les touristes, les Blancs, les Land Cruiser et les téléobjectifs font partie du monde comme des objets dont on s'accomode, puisqu'on sait que plus jamais on ne vivra sans leur regard braqué sur nous.

*Les jeunes hommes, dès qu'ils ont une quinzaine d'années, sont envoyés loin du village pour qu'ils apprennent la prodigalité et la modestie afin d'affronter et d'appréhender la vie.

*Le passé ne passe pas et s'ankylose dans sa vie de tous les jours. Comme si c'était à cause de lui, le passé, que les vieux étaient si lourds et si lents à déplacer, à force de se déposer comme un limon, dans toutes les strates du corps.

* Plus il réfléchit, plus il se dit que c'était une erreur parce que, quand on part si loin de chez soi, ce qu'on trouve parfois, derrière le masque du dépaysement, c'est l'arrière-pays mental de nos terreurs.