littérature

  • Sfumato de Xavier Durringer

    Editions Le Passage - Date de sortie : 27 août 2015 - ISBN 9782847 423099 - 351 pages

    4è de couv'

    La vie de Raphaël est coupée en deux. D'un côté, le vertige rock'n'roll au 1 passage de la Main d'Or. Les rapports fumeux avec ses voisins, ses histoires d'amour hallucinantes, ses nuits à s'enfermer dans le théâtre Marie Stuart, son ami Simon largué par la femme de sa vie après une semaine de vie commune, son petit frère qui cherche par tous les moyens à s'échapper en se diluant dans une petite cuillère. Et le souvenir mordant de Madeleine, fille d'un écrivain célèbre, ancienne mannequin cramée par la coke. De l'autre, sa rencontre énigmatique avec Viktor, vieux juif russe initié, batteur de jazz et ancien conseiller à la Maison Blanche, qui lui ouvre les portes d'un univers inconnu, merveilleux et effrayant. Devant La Joconde, Viktor affirme que ce n'est pas un tableau mais une cartographie. Et que lui, Raphaël, doit retrouver l'endroit caché sous les voiles brumeux du sfumato. Et si tout cela n'était qu'une énorme farce, un grand jeu où Raphaël se serait définitivement perdu ? Il n'y a pas de hasard sans cause.

    Mon avis 

    J'ai acheté le livre après avoir vu l'entretien de Xavier Durringer avec Philippe Chauveau sur Web-TV Culture. J'ai aimé la personnalité de cet homme, que j'ai trouvé authentique, sans fard, qui énonce comme une évidence des choses qui me "parlent", par exemple quand il dit que nous sommes transformés par les rencontres que l'on fait, qu'il faut VIVRE toutes les expériences possibles... Bref, l'auteur que je découvrais m'a bien "vendu" son premier roman.

    Xavier Durringer est auteur dramatique, scénariste et homme de théâtre, et ça se ressent dans son écriture. J'adore son style vif et nerveux, avec souvent des images superbes comme  "J'ai regardé les sapins enneigés (...). De grandes princesses enracinées portant des manteaux d'hermine."

    On suit avec grand plaisir les personnages paumés, mais terriblement humains, leurs vies de losers, leurs errements, autour de Raphaël, qui lui-même cherche un sens à sa vie. Et puis il y a l'entrée en scène de Viktor, personnage énigmatique, qui fait figure de passeur, de mentor pour Raphaël, le mettant sur le chemin de la connaissance. Mystères, Kabbale, hermétisme, technique picturale du sfumato utilisée par Leonard de Vinci, Viktor révèle, transmet, à un Raphaël éberlué qui ne sait que faire de tout cela et qu'il consigne tant bien que mal dans ses Moleskine, avant de partir sur les routes. Cette partie peut paraître surprenante, tant le style en est différent, preuve que l'auteur aime et maîtrise notre langue.

    Le théâtre est moins présent qu'annoncé, mais on sent néanmoins que Xavier Durringer a mis beaucoup de lui-même dans ce roman, sans pour autant faire une bio. Ca sonne juste. C'est une très belle découverte que cette quête initiatique. Un auteur que j'aurai grand plaisir à lire à nouveau.

    Ma note 17

  • Le jardin blanc de Stephanie BARRON

    Nil Editions - août 2013 - 399 pages - traduction d'Isabelle D. Philippe

    Résumé

    Et si Virginia Woolf ne s'était pas suicidée le 28 mars 1941 ?

    En octobre 2008, Jo Bellamy, jeune paysagiste américaine, arrive à Sissinghurst, dans le Kent, pour étudier le célèbre jardin blanc créé par l'amie de Virginia Woolf, Vita Sackville-West. 

    Un jour après l'annonce de son départ, son grand-père Jock, d'origine britannique, se suicide. Jo découvre qu'il avait lui-même travaillé dans ce jardin pendant la Seconde Guerre mondiale et décide de profiter de son voyage pour comprendre son geste. 

    À Sissinghurst, Jo découvre par hasard un journal intime parmi les archives des jardiniers. L'étiquette porte le nom de son grand-père, mais, en le déchiffrant, elle doit se rendre à l'évidence : ce journal n'est pas le sien.

    Soupçonnant son auteur d'être Virginia Woolf, elle file le faire expertiser chez Sotheby's. Là, on lui concède que le style et les thèmes rappellent en effet Woolf... à un détail près : les dates.

    Le 28 mars 1941, Virginia a rempli ses poches de pierres avant d'aller se noyer dans l'Ouse. Or le journal commence le 29. Des détails du journal amènent Jo à jouer avec cette idée : et si Virginia Woolf ne s'était pas suicidée ?

    Si on l'avait tuée ? D'Oxford à Cambridge, de demeures prestigieuses en bibliothèques légendaires, dans des jardins dont la splendeur dissimule d'obscurs secrets, Jo traque la vérité sur les derniers jours de la romancière. Mais elle n'est pas la seule, et bientôt le journal est volé... 

    Lecture terminée

    Pourquoi-Comment ce choix ?

    Stephanie Barron est plutôt connue pour écrire sur Jane Austen (lu Jane Austen et les fantômes de Netley il y a quelques années). Là, elle "s'attaque" à Virginia Woolf, Vita Sackeville et le groupe Bloomsbury. J'ai donc signé des deux mains !! surtout quand j'ai vu le chapeau sur la couverture...

    Mon avis 

    Ce roman est le prétexte à l'évocation 

    -d'une époque : 1941 en Angleterre

    -d'un groupe d'artistes et d'intellectuels : le Bloomsbury Group dont certains composaient la société secrète "Les Apôtres de Cambridge",

    -de lieux mythiques : les universités de Cambridge et d'Oxford, Sissinghurst, la propriété de Vita Sackeville-West, amie et amante ("Orlando") de Virginia Woolf,

    - des fabuleux jardins anglais...

    le tout à travers une sorte d'enquête menée par une jeune américaine, créatrice de jardins, dont le grand-père (récemment suicidé) avait été jardinier à Sissinghurst pendant la Seconde Guerre.

    On peut tout de suite dire que ce n'est pas un roman policier, mais une romance sur fond d'enquête littéraire, avec un scénario un peu léger et des indices servis sur un plateau. Mais l'idée de départ est très bonne : trois semaines s'étant écoulées entre la date annoncée de la noyage de Virginia Woolf et celle de la découverte de son corps, la version officielle est-elle véridique ou bien, en ces temps troublés de la guerre, se serait-il passé autre chose qu'il était préférable de taire ? J'aime bien cette idée de se glisser dans les interstices de la grande Histoire pour en écrire une autre.

    Les pages tournent facilement et malgré quelques bugs de traduction et quelques propos déplacés dans un ouvrage évoquant un tel écrivain, la lecture est aisée et rythmée. Un personnage (fabriqué pour servir la romance ,) m'a paru complètement inutile, c'est Gray, personnage pas assez étoffé pour en faire un réel concurrent de Peter.

    L'habileté de l'auteur a été de mêler la fiction avec des faits réels, vérifiables et des extraits d'oeuvres de Vita ou de Virginia, on imagine ainsi l'atmosphère de l'époque. C'est aussi et surtout de parler de ce grand écrivain qu'était Virginia Woolf, trop souvent évoquée par le biais de son mal-être existentiel et beaucoup moins par la qualité de son écriture.

    En conclusion, quelques bémols n'enlèvent rien au plaisir que j'ai eu de lire ce roman que je vous recommande.

  • Dans ma tête, je m'appelle Alice de Julien DUFRESNE-LAMY

    Editions Stock - Collection La Forêt - 2012 - 217 pages

    Résumé

    A l'aube de sa trentième année, la narratrice, future docteure en mathématiques, se souvient de son existence fantasque dans une famille brisée. Enfant puis adolescente perspicace et inspirée, elle fait face à la tyrannie de sa mère, digne infirmière bien sous tous rapports le jour, enfermée chaque nuit dans une descente aux enfers alcoolisée, et résiste grâce aux personnages des romans qu'elle lit avec frénésie, Alice en tête, qui l'invitent dans un monde parallèle où la beauté, l'énergie, la complexité des sentiments l'arrachent à son quotidien inquiet. Mais tout semble léger et décalé, rien n'est ordinaire sous la plume de Julien Dufresne-Lamy dont la lucidité et l'humour, dont le goût du jeu font de ce livre une gourmandise, et transforment chaque membre de la famille en héros de conte. On croise dans ce roman Britney Spears, Calamity Jane, la princesse de Clèves, Emma Bovary, Bardamu ou le petit Nicolas, pour ne citer que quelques-unes des figures qui prennent en charge le destin cabossé mais exalté de la narratrice.

    Lecture terminée 

    Mon avis : à venir